margouillat

31 juillet 2010

RUEE VERS L OR A MADAGASCAR

Madagascar : la ruée vers l’or
  • publié le 31 juillet 2010
  • 05h52

    Selon certaines sources, ils seraient entre 10 000 et 40 000 à s’affairer actuellement aux abords de cette nouvelle mine d’or.

  • C’est une montagne isolée du monde à plus de six heures de piste de la route goudronnée la plus proche. Depuis la découverte de pépites d’or, Mangatany attire de nombreux Malgaches. Mais cette ruée a un prix : en fin de semaine dernière, deux chercheurs sont morts pris dans l’éboulement de la galerie où ils travaillaient. Et ce n’est qu’un début si les infrastructures restent aussi limitées.

    Pas la peine de chercher Mangatany sur une carte. Ce nom n’y figure pas. Encore moins la peine de chercher une route pour y aller. C’est une piste de terre et de pierre difficilement praticable avec une voiture classique. Si à Antananarivo le nom de Mangatany ne dit rien, ou vaguement quelque chose, à Mahitsy, petite bourgade sur la route de Mahajunga à une vingtaine de kilomètres de la capitale, on en parle avec des pépites dans les yeux. Un boucher de cette commune, caché derrière ses saucisses, lève le pouce comme pour montrer que Mangatany, c’est top. C’est top, mais ça fait aussi frémir. Mangatany on en parle aussi avec la peur au ventre. Ce territoire déjà surnommé Ilakaka 2 en référence aux mines de saphir du sud, est désormais, dit-on, peuplé de bandits de grands chemins prêts à bondir sur les chercheurs d’or pour les dépouiller de leur recette. Ces bandits qu’on appelait jadis “voleurs de zébus”, armés de kalachnikovs, sont souvent d’anciens militaires et gendarmes dont les activités criminelles redoublent depuis la crise de janvier 2009.

    Tamis dans la rivière

    L’imposant campement de chercheurs d’or s’est installé dans cette brousse en mai dernier. On y vient désormais de toute la Grande Île dans le but de faire fortune

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    voyage à MADAGASCAR mai 2010

    Je vous propose le récit du voyage de deux étrangers blancs partis de MAYOTTE le 17 mai 2010 pour un périple de deux semaines sur l’île  Rouge paradis fragile, à la rencontre de l’Asie et de l’Afrique, de la faune et la flore, de couleurs, d’hommes et de femmes, de senteurs et sensations nouvelles.

    CARTE D’IDENTITE REPUBLIQUE DE MADAGASCAR

    Superficie : 592 000 km².

    Distance depuis l’Afrique :

    400 km

    Traversée par le tropique du Capricorne

    Population : 18.6 millions d’habitants répartis en 18 ethnies

    Monnaie : Ariary (Ar) (qui a remplace le Franc Malgache) 2 500 Ar pour 1€

    Ressources principales : Café, vanille, clou de girofle, riz

    Capitale : Antananarivo (région

    5 322 000 ha

    )

    Villes principales : Tamatave (région

    2 661 000 ha

    ), Diego Suarez (région

    1 241 800 ha

    ), Tuléar (région

    2 661 000 ha

    )

    Zoreil à

    LA REUNION

    , M’Zungu à MAYOTTE, les étrangers blancs se nomment  Vazaha  à MADAGASCAR. (Prononcer : VAZA la dernière lettre des mots en général ne se dit pas)

    Lundi 17 mai

    Un voyage depuis Mamoudzou débute obligatoirement par la traversée en bateau jusqu’à Petite Terre, puis le taxi en direction de Dzaoudzi où se situe l’aéroport.

    Fin de l’enregistrement 15 h 40 sur Air Madagascar. Départ 16 h 40. Arrivée  Antananarivo (Tananarive) 20 h 50.

    En réalité nous ne partirons qu’à 19 h 50, (l’attente est longue, nous restons dehors, plus rien à boire, la nuit nous enveloppe  à 18 h, il fait chaud, nous sympathisons avec les voyageurs, gendarme, retraités, topographe en poste à Tananarive…)

    Arrivée à 22 h 50 via Moroni GRANDE COMORE, puis Mahajanga côte Ouest de Madagascar, en transit pour établir les visas (gratuits pour un séjour  inférieur à un mois)  ainsi que les contrôles douaniers. Un nombre impressionnant d’agents présents, toutes les formalités sont extrêmement rapides.

    Aéroport d’Antananarivo  Fraîcheur 17 °. Notre guide et chauffeur, Héry  est au rendez vous malgré l’heure tardive. Immédiatement nous procédons au change. 2500 ariarys (Ar) pour 1 euro.

    C’est à l’aveugle que nous traversons la campagne  pour gagner le cœur de la capitale. Quelques images me parviennent au hasard de lumières. Le suspens reste entier. Nous logeons à

    la Maison GALLIENI

    , quartier Faravohitra. Deux gardiens se chargent des bagages. La chambre est spacieuse, une douche et hop au lit vers une heure.

    MARDI 18 MAI

    Les volets s’ouvrent sur une piscine. Irène jeune femme au type asiatique, cheveux longs, nous accueille très rieuse, dans un salon aux murs de briques, tapis, meubles modernes, dominante rouge, grande bibliothèque. Elle nous propose de visiter la maison de Monsieur et Madame Consul de Monaco.  Quatre chambres d’hôtes spacieuses, hauts plafonds,  meublées et décorées avec goût. A l’étage le salon vaste pièce avec une cheminée, canapés en cuir beige, sculptures et tableaux, salle à manger dominant la ville dans la brume matinale, la cuisine résolument moderne, un balcon de bois faisant face à une cascade aménagée sur le mur de clôture.  Au deuxième étage les appartements privés.

    Les sols sont en parquet plus exactement en Anarakaraka selon IRENE qui m’a écrit le mot.

    Solange et Martine blouse et charlotte blanches sont à nos soins pour servir le petit déjeuner. Nous apprécions particulièrement puisque nous n’avons pas dîné hier. Les fruits, le miel, les confitures, le pain de mie…on se régale, excepté le café ! Me dit Giovanni.

    Nous retrouvons Irène, responsable de

    la Maison

    , qui était directrice devinez dans la grande distribution jusque là. Le manque d’autonomie suite à une restructuration lui a donné des ailes. Elle demande sans cesse notre avis, nos critiques pour améliorer le service.

    Haja, la correspondante de l’agence ROVA TRAVEL TOURS est au salon afin de vérifier ensemble le planning de notre voyage et les modifications souhaitées. Elle nous fait part des difficultés de circulation dans la ville, c’est pourquoi elle s’est déplacée.

    Héry toujours à l’heure vérifie son 4x4, bagages chargés, c’est parti…

    Un tour de ville rapide située à une moyenne de  

    1100 mètres

      d’altitude, afin de s’immerger dans l’ambiance. Mais nous  reviendrons dans une semaine.

    Antananarivo ou Tananarive  ou Tana fut tout d’abord construite comme une forteresse vers le début du XVIIe par les rois MERINA. Le roi RADAMA 1er contrôlait la majeure partie de l’île au XIXe. Les français s’emparent de la ville en 1895. Le pays accède à l’indépendance en 1960. La capitale est le centre économique, culturel et administratif du pays et le foyer d’une région en croissance. Les industries locales fabriquent la nourriture, les produits liés au tabac, textiles et dérivés de cuir.

    Dotée de l’aéroport international d’IVATO. Musée d’art, d’archéologie, observatoire astronomique, parc botanique et zoologique, siège de l’université depuis 1961.

    Climat tempéré d’altitude (moyenne entre 10 et25 °)

    Pauvreté, mendicité, saturation de l’air,  le marché (plus de légumes qu’à Mayotte), la foule,  les étales partout sur les trottoirs et les enfants vendeurs de journaux entre les véhicules, ou accompagnant un vieillard aveugle,  stand téléphonique sous un parasol, chacun usant d’astuces pour subvenir à ses besoins premiers. Histoire rapide palais de

    la Reine

    et du Premier Ministre.

    Direction le sud et la route nationale 7. Mais oui ! Première image dès que l’on franchi les faubourgs : les rizières. Une bouffée d’air et on respire à plein poumons après ce premier contact digne parfois du moyen âge.

    Notre prochaine étape ANSTIRABE est distante d’environ

    170 kilomètres

    .

    Tout au long de la journée nous découvrirons les hautes terres. Les hommes, les habitations, les cultures de légumes, d’ananas, les pins et le mimosas, les montagnes, l’importance de l’eau, les charrettes et les équipages de zébus,  taxis brousse et chargements spectaculaires, la volaille qui partage la route  à ses risques et périls, toutes le nuances de vert des rizières, la brique,  extraction de sable des rivières, les sourires, les petites boutiques, les colonnes d’enfants qui vont ou viennent de l’école arborant une blouse de couleur différente selon la classe et souvent nu pied, les postes de contrôle de gendarmes armés,  équipés partout de herses (il faudra parfois honorer le passage d’un bakchich par exemple notre voiture possède des vitres teintées ce qui est parait-il réservé aux autorités..), des lycées miniatures, les tableaux  multicolores du linge qui sèche bien à plat sur l’herbe ou sur les rochers, des vaches ou zébus sur les parcelles pour tasser la terre, les étales de viande, les pêcheurs de petits poissons dans les rizières, le maïs qui sèche,  les tombeaux, les nombreuses églises. Une telle diversité d’images.

    A 11 heures nous avons parcouru environ

    40 kilomètre

    , la température est de 21 °, l’altitude  affichée au cadran de la voiture

    1350 mètres

    . La route impeccable.

    Nous faisons halte à Ambatolampy située au pied du massif de l’Ankaratra. Un charmant village aux maisons à étage, balcon en bois soutenu par des colonnes, toitures en tôle. Village artisanal, dommage la fonderie d’aluminium que nous devions visiter est exceptionnellement fermée aujourd’hui. Plus loin la transformation des cannettes de boissons en camions miniature. A Madagascar, pas de gaspillage. Tout est réutilisé. Pousse-pousse qui conduisent les enfants rieurs à l’école. Nous déjeunons « Au rendez-vous des pêcheurs » et savez-vous, au menu il y a du foie gras. Comme en France … non pas aussi bon. Mais c’est une spécialité de la région. Le décor, le mobilier, nous font penser à une auberge Française des années 50. Comme si le temps marquait une pause. Un groupe de jeunes américain s’installe à la table voisine. Nous découvrons la cuisine locale guidés par Héry. Premier plat à base de zébu. Des brochettes. J’ai failli m’étouffer avec une bouchée de viande trop cuite, avec un peu d’eau, j’avale souvent de travers, catastrophe… Je suis sortie en courant…Je découpe de tous petits morceaux et traine un peu pour faire honneur à la table. Giovanni avait choisi une gibelotte de lapin. Héry du Ravitoto (prononcer Ravitoutou et nous pensons à TOUTOU….il se reconnaitra) feuilles de manioc pilées mijotées avec du porc gras. Haricots verts et blancs, riz, bière et eau, café. Il nous en coûtera 16 euros pour trois personnes.

    MISAOTRA : merci beaucoup (difficile d’expliquer la prononciation, misotch)

    TSARABE : Très bon

    TONGA SOA : bienvenue (tongasou)

    VELOUMA : au revoir (veloum)

    SALAMA : Bonjour,  Je réponds SALAM

    La langue malgache fait partie de la famille des langues malayo-polynésiennes, comme l’indonésien, dont elle est issue. Elle a intégré des influences arabes, bantoues et européennes.

    Nous prenons du temps et nous promenons, échangeons des bonjours et des sourires.

    A 15 heures 18 ° et

    1500 mètres

    d’altitude

    Comme  souvent la première journée le voyageur très curieux ne cesse de poser des questions. Il se calmera avec le temps, épuisé. Mais  le guide fait face…sachant néanmoins qu’il devra se répéter dans les jours à venir.

    On évoque la religion, le coût de la vie, la scolarité, premiers mots en malgache, la construction des maisons, les ethnies, le mariage, les cultures…. Nous y reviendrons nous aussi.

    Petit à petit les cultures en terrasse s’imposent à nos yeux dominées par la montagne. La route en excellent état serpente entre les étales de légumes et fruits, étonnés parce que nous manquons de tout à Mayotte. Ici carottes, patates douces, poireaux, kakis, poires, avocats, nèfles…. S’en est trop on s’arrête. Héry parle pour nous, à la campagne le français n’est pas couramment utilisé. Nous achetons des kakis (j’avais confondu avec des tomates..) et dégustons sur place, non sans avoir abondamment lavé les fruits. C’est sucré, juteux, fameux.

    La lumière apporte à présent des reflets magiques sur les rizières découpant le paysage en de multiples patchworks. Du jamais vu pour nous occidentaux. Chaque vallée propose ses dessins, que nous ponctuons les yeux écarquillés par des mots simples « c’est beau » !

    Les constructions en brique ponctuent le paysage de pigment rouge. Le rez de chaussée réservé aux animaux, le premier étage pour les personnes, c’est la chambre,  le deuxième étage réservé à la cuisine sous les toits en chaume, ainsi la fumée chasse les insectes et les mauvais esprits. On visualise bien la petite fenêtre noircie sur le pignon.  Tous les deux ou trois ans on empile une nouvelle couche de paille de riz sur le toit. Héry nous dit très joliment : « les rizières sont leurs cahiers et leur bêche leur stylo ».

    Interrogative en ce qui concerne la fabrication des briques, Héry propose ici un arrêt. En contre bas, les fours de cuisson de la terre moulée. Les briques séchées au soleil sont empilées et généreusement saupoudrées de son obtenu après le battage du riz. Le feu ainsi entretenu chauffe et cuit la terre qui rougi. Ensuite les femmes retirent les briques une à une. Nous échangeons avec ces hommes et enfants. Faisons des photos qu’ils demandent à Héry de leur donner à son prochain passage. Je ne manquerai pas de les envoyer à l’agence dès mon retour. Salutations et sourires.  Ils nous regardent nous éloigner, on agite la main à la vitre. La vallée est enveloppée d’un voile de fumée.

    La production de riz serait selon Héry de 6 à 7 tonnes par hectare à raison de deux récoltes par an. Aliment de base matin, midi et soir,  richesse économique exportée.

    Le mimosa est utilisé pour faire du charbon de bois en vente le long des routes. Il sert à cuisiner.

    ANSTIRABE «

    la Vichy Malgache

    » troisième plus grande ville de Madagascar. Contraction de l’expression « Any sira be » due à la présence de sels minéraux dans les eaux. 182 804 habitants (01/2005).  Située à

    1500 mètres

    d’altitude. Nombreuses sources d’eau thermale ou minérale encore exploitées ainsi que l’hôtel des Thermes que nous visitons tranquillement, sans aucune question, tombe un peu en désuétude malgré son architecture coloniale classique, ses longs couloirs vides évoquent les années 1930,  son parc fleuri d’hortensias et sa piscine.

    Vertus thermales découvertes par les missionnaires norvégiens au XIXe. 

    Dans une cuvette de volcans. Le climat le plus frais de l’île. En hiver la température peut descendre à 0°. En 2009 il a neigé.

    La capitale des pousse-pousse (6 000) joliment décorés, moyen de transport encore largement utilisé par la population. Le prix d’une course en ville environ 1 000 Ar pour un Vazaha (500 pour un local).

    Premier centre industriel (eau minérale gazeuse, coton, célèbre bière Three Horses Beer, tabac)  école militaire.

    Au début du siècle  les colons français y font bâtir hôtels, résidences, jardins, poste et gare dont l’architecture rappelle les fastes de l’époque. L’esplanade de pelouse et les flamboyants évoquent les belles années. Mohammed V du Maroc y fut exilé en 1955.

    Installation  dans notre chambre LES CAMELIAS  avenue de l’Indépendance, structure de 11 chambres très simples, confort minimum,  donnant sur un jardin ensoleillé où l’on retrouve nombre de plantes de

    LA REUNION

    dont les orchidées.   Flambée dans la cheminée pour le dîner, soupe et poulet au menu. Cette étape  serait reposante et  fraîche si les passants Vazaha que nous sommes n’étaient harcelés à chaque pas jusqu’à la tombée de la nuit.  A commencer par l’employée de l’hôtel qui veut nous vendre ses nappes brodées et ne nous lâchera pas jusqu’au départ le lendemain matin. Les conducteurs de pousse-pousse devant l’hôtel à la limite de la bagarre (nous en prenons un chacun pour aller en ville).

    Rémi a trois enfants 16, 14 et 6 ans. Il habite à la campagne, vient travailler 15 jours, rentre chez lui environ

    20 kilomètres

    , et revient.

    -«  L’école coûte cher, je veux que mes enfants puissent apprendre. La concurrence est dure. Pas assez de touristes. Il faut payer la location du pousse-pousse ».

    Il voudrait m’attendre pour le retour. Mais nous voulons visiter aussi à pied. Séparation difficile et forcée. Il est contrarié.

    J’ai entendu dans un reportage une question posée à un conducteur de pousse-pousse, quel serait son rêve. Voici sa réponse : acheter une voiture et faire la route Antsirabe. Tana en écoutant de la musique…

    Piscine municipale (1 000 Ar, parc 400 Ar), foule bigarrée, charrettes chargées de marchandises, colonne représentant les 18 ethnies de l’île. Héry nous a conseillé l’achat de friandises pour les enfants, car nous serons sollicités au long de la route et c’est pour lui la façon de satisfaire les nombreux enfants. Je ne partage pas cet avis, mais je vois bien ce soir  que les enfants sont dans l’attente.  Si je commence à trop m’interroger, je risque l’émeute à chaque arrêt et la déception peut être aussi ... Bon j’ai repéré un super marché en arrivant. Nous y achetons bonbons et gâteaux, regardons le prix des cahiers entre 1000 et 3000 Ar.

    5 kg

    de riz 9990 Ar. Les enfants attendent à la sortie. Impossible  d’ouvrir le sac sans créer un attroupement, nous renonçons. Il faudra s’organiser.

    Le retour à l’hôtel de nuit s’avère un peu dangereux,  sans aucun éclairage, avec les pousse-pousse qui possèdent heureusement une clochette pour s’annoncer avant de tourner à l’angle d’une rue.

    MERCREDI 19 MAI

    De bon matin nous reprenons la route et la nationale 7 en direction de RANOMAFANA

    Étape de

    245 km

    vers le sud. Température  18 °.

    Mais avant de quitter ANTSIRABE, visites d’ateliers. A 8 heures, la rue est déjà en effervescence et les échoppes proposent marmites, viande de porc, de zébu, saucisses, légumes, vêtements, nous croisons le marchand ambulant de lait un vieux monsieur à la veste déchirée, couturière, ferrailleur, bijoutier, charbon de bois, riz. Les enfants jouent dans la cour de l’école privée. Et cette odeur qui nous suivra jusqu’à DIEGO. Sans doute le charbon de bois mêlé aux odeurs de cuisine. Un peu écœurant au fil du temps pour ma part, Giovanni n’a pas les mêmes sens en éveil.

    Le travail de la corne est notre premier rendez-vous. ATELIER LES SIX FRERES. Dans la cour les enfants jouent au ballon (ce qui fait office de ballon). Giovanni tente une ou deux passes, mais ce n’est pas évident. Toute la famille regroupe 32 personnes qui cohabitent. Démonstration puis vente, la machine est bien huilée. Et on se prend au jeu, normal, on plaisante. Chauffer la corne, extraire l’os, tailler, scier, meuler, poncer… une précision incroyable avec si peu d’outils désuets. Héritage d’un savoir faire familial sans aucun doute, transmission orale de père en fils. On s’allège de  quelques milliers d’arriarys. L’objet travaillé est un oiseau. Il nous est offert.

    Les brodeuses assises à même le sol sur des nattes, ne se laissent en rien perturber par notre passage ou nos commentaires. La précision des gestes, l’aiguille pique et repique sur les dessins imprimés par carbone sur les étoffes, papillons ou fleurs, ajourent la trame.  Seulement sur l’intervention du patron qui nous montre un motif, elles relâchent l’attention et le coton.  Monsieur « Voahirana »répond volontiers  à nos questions même les plus gênantes. A nous de faire la part des choses.

    Deux petites filles jumelles habillées en rose et bob assorti accompagnent leur maman. Elles ne bougent pas assises dans l’angle de la pièce. Ont-elles deux ans ? Une quinzaine de femmes travaillent dans les deux pièces. –« Regardez, une nappe sur commande présente des cœurs brodés aux fils d’or pour un mariage »

    -« C’est magnifique ». 

    -« Pour être certain de la qualité du travail exécuté et du fil utilisé DMC français, les femmes qui emportent la broderie  à domicile sont moins payées. Elles peuvent tricher en insérant du fil chinois de moins bonne qualité et revendre le fils français voilà la raison » nous explique Monsieur.

    -« Le salaire pour 40 heures par semaine représente le SMIC malgache environ 40 euros » (100 000 Ar).

    (Divergence selon mes lectures de 60 000 Ar / 24 € à 100 000 Ar / 40 €, selon les entreprises privées et le publicmais c’est un ordre d’idée qu’il faut avoir à l’esprit)

    -« Pour une nappe 8 couverts il faut compter environ 70 000 Ar (28 €) à l’achat dans la boutique. L’expédition pour

    la France

    par exemple est de 70 000 Ar colis moins de

    2 KG

    . On ne fait pas beaucoup, trop cher»

    Les nappes vendues à

    LA REUNION

    , selon Monsieur, sont en fil chinois et de ce fait vendues 40 000 Ar (16 €)

    Ce qui est vrai concernant le prix de vente des nappes en provenance de MADAGASCAR sur les marchés à

    LA REUNION. Monsieur

    explique

    -« Nombre de personnes malgaches vendent même à perte pour avoir des devises euros arrivées à

    LA REUNION. On

    ne peut pas exporter des devises malgaches. »

    Nous quittons la ville en passant devant le dispensaire. Les habitants s’égrainent le long de la route puis c’est la forêt plantée de pins et mimosas, grandes herbes de part et d’autre de la route, au loin une montagne douce et vallonnée. A droite les monts culminent à

    225 m

    , à gauche à

    2050 mètres

    .

    10 H 30, 21 °,

    1350 mètres

    d’altitude

    Une fois dans la campagne nos yeux reprennent la comparaison du vert des tendres pousses de riz.

    STOP ! Ma curiosité n’a pas de limites.

    -« Héry est-il possible de descendre dans le champ et demander à ces messieurs d’observer leur travail et de nous l’expliquer ? »

    -« Je vais voir ».

    Je suis déjà dehors du 4X4. On descend jusqu’au terrain où sont alignées les briques grises qui sèchent au soleil. C’est la fabrication avant la cuisson vue hier.

    Un homme creuse pour extraire la terre, il est dans un trou jusqu’à la taille, un bob sur la tête, les habits déchirés,  maigre, les pieds dans la boue,  puis il frappe la terre avec sa pelle. Un deuxième homme âgé en short et chemise, caquette plantée sur la tête place la terre dans un moule, le troisième en pantalon court, chemise et chapeau de paille, démoule la brique et la pose au sol. Ainsi de suite une à une.

    Nous nous approchons pour parler par l’intermédiaire d’Héry.

    -« Quel âge me donnes-tu ? » demande l’homme âgé à Giovanni.

    Il est bien embarrassé et ne sait que répondre. Quel âge peut-il avoir ??? Il fait une proposition. L’homme éclate de rire.

    -« J’ai 75 ans, et toi ? » Il ri fièrement dévoilant une bouche édentée.

    On s’enhardi en posant en retour la question au deuxième puis au troisième homme. Ils se jouent de nous.

    Ils ont respectivement 64 et 41 ans. Quelques échanges sur leur travail, la quantité  fabriquée et le coût d’une brique. Au loin les femmes démontent un four de briques cuites et rougies, les enfants pêchent dans les rizières.

    Avant de nous quitter « papa »  comme l’appelle respectueusement Héry, l’homme le plus âgé demande une petite pièce pour les aider. Bien volontiers Giovanni remet un billet et remercie l’homme du temps qu’il a passé avec nous. Il est heureux. Il dit que le jour où il s’arrêtera c’est qu’il sera mort. Imaginez-vous faire ce travail à cet âge !!!  Les débats sur la retraite n’existent pas ici. Quelle idée, tant que tu as des forces, tu travailles pour te nourrir, un point c’est tout.

    On se salue encore bien que sur le point de démarrer. Les rencontres sont brèves mais intenses.

    Une bande claire sur le côté de la route.

    -« C’est le riz de consommation de cette famille qui sèche » nous explique Héry. « Ensuite il sera pilé »

    Effectivement un peu plus loin, une femme s’active. Son mari est à ses côtés.

    Héry demande si elle accepte que l’on vienne voir son travail ?

    -« Oui nous pouvons nous approcher »

    -« Salama »  Bonjour

    -« Salam »

    Equipée d’un long bâton, la jeune femme pile le riz, dans une auge en pierre, puis sépare le grain du son à l’abri dans la maison, il pleut. Nous  sommes invités à visiter.

    -« Il n’y a plus de poules au rez-de chaussée, décimées par un virus. » nous dit Héry.

    L’escalier d’accès à l’étage est pentu. Nous arrivons sur une sorte de terrasse toujours en bois. A gauche une pièce étroite où se trouvent les outils : pelle et sabre, panier,  une échelle permet l’accès à la cuisine sous le toit. Le plafond est entièrement recouvert de terre noircie par la fumée. Seul équipement : deux trépieds,  deux marmites, un plat, six cuillères, des assiettes en métal peint,  deux sceaux, une cuvette. La fenêtre s’ouvre sur la campagne. L’homme intéressé par l’appareil photo, immortalise ce paysage. Une pièce sur le côté sert de réduit. On peut y dormir s’il fait trop froid, ainsi que dans la cuisine profitant de la chaleur émise lors de la cuisson des marmites. Nous descendons. En prolongement du balcon, la chambre équipée d’un lit avec moustiquaire, un autre une place, un banc, une table, une radio peut-être, que je vois maintenant sur la photo. Sur le mur un seul élément, l’emploi du temps de la jeune fille qui arrive.

    -« Salama »

    -« Salam »

    -« Tu es dans quelle école ? »

    -« Au collège »

    -« Qu’est ce que tu préfères étudier ? »

    -« Malgache »

    On a tous ri ensemble.

    Quelques échanges puis la photo qu’ils aimeraient avoir quand le guide repassera sur  cette route. Bien volontiers. Une autre photo à envoyer à l’agence. J’espère vraiment qu’ils remettront ces photos à tous ces gens qui comptent sur nous. Un peu crispés au début devant l’objectif, finalement nous allons trouver les mots pour rire et se détendre. Ils sont beaux, vraiment, une beauté physique et intérieure. Nous donnons un billet pour l’achat d’un cahier et des sucreries à jeune fille.  Elle nous accompagne du regard depuis le balcon jusqu’à notre départ. Toujours difficile d’aider et rendre une gentillesse sans blesser, avec respect, estimer un geste à juste mesure. Héry nous dit que c’est bien. C’est un apprentissage pour les Vazaha que nous sommes face à tant de générosité, gentillesse, travail difficile  et pauvreté.

    L’école  c’est très important pour tous ces gens qui ont espoir pour leurs enfants. Les cahiers coutent chers.

    Héry est père, d’une fille unique de 18 ans qui est en faculté de médecine. Il est issu d’une famille d’instituteurs et sa femme est surveillante générale d’un établissement privé à Tananarive.

    Le long de la route, le défilé habituel des jeunes qui rentrent de l’école. Ils font en moyenne 4 à

    5 kilomètres

    à pied pour aller en classe quelque soit leur âge. Mais ce peut être

    7 kilomètres

    . Pluie ou soleil, souvent sans chaussures.

    Nous quittons la province de TANANARIVE  et l’ethnie MERINA.

    Le paysage change également plus vallonné, la route serpente dans les forêts d’eucalyptus, pins et mimosas toujours. Par moment on se croirait en Provence. Il suffirait de remplacer les rizières par le  lavandin. Manguiers, zébus. Les terres ne restent pas en jachère, produisant trois fois par an, pommes de terre, manioc, haricots ou orge. Nous croisons un véhicule marqué « SAID » humanitaire  USA .  Distribution de médicaments, vaccins, moustiquaires (qui servent souvent de filet à pêche)  riz... Partout l’aide humanitaire vient au devant de la population.

    Un cortège de mariage. La famille du  jeune homme qui marche en tête vêtu d’une veste noire, pantalon gris, chemise blanche. Ils vont chez la mariée. A la campagne ou en brousse l’âge du mariage peut s’établir dès 14 ans. En ville un peu plus tard vers 17ans. Il est fréquent que le garçon soit l’aîné de 3 ou 4 ans selon Héry.

    -« Héry comment les mariés se choisissent-ils ? »

    -« Pendant longtemps et encore parfois en brousse, les parents choisissent. Aujourd’hui c’est le garçon souvent qui désigne la fille au marché avec son bâton. Dans certaines ethnies, le garçon en recherche d’une femme porte un genre de peigne dans les cheveux »

    Halte pour la pause déjeuner à AMBOSITRA (Là où il y a beaucoup de bœufs) chef lieu de l’ethnie BETSILEO et de l’artisanat de sculpture sur bois et marqueterie. L’art du « zafimaniry » appelé ainsi en hommage à une peuplade forestière à l’est de la ville qui se transmet les secrets du travail du bois de génération en génération.

    Nous nous lançons dans un repas Malgache : légume de base un grand bol de riz rouge cette fois, accompagné de haricots blancs, ROMAZAVA (bouillon parfumé à base de viande généralement zébu et de brèdes), HENA KISOA RAVITOTO (à base de porc), TONGOHY SOFINY ?? Je ne sais plus Boissons et cafés. La note : 15 100 Ar (6 euros pour 3) plus le pourboire. Le restaurant propose aussi des pâtisseries, j’ai vu les préparations,  je ne m’y risque pas. D’ailleurs mieux vaut ne pas avoir accès aux cuisines parce que sinon je ne mange rien pendant le voyage. Héry est très heureux de nous voir manger comme lui. Ce n’est pas mauvais, et c’est peut être le plus raisonnable. Tout est bouilli ou mijoté. Il boit toujours un bol d’eau chaude pour débuter son repas.

    Promenade digestive et artisanale débutent l’après midi. On commence à s’habituer aux couleurs, aux constructions, magasins de toutes sortes, volaille vivante. Le centre ville est calme, paisible.Ici pousse-pousse, église catholique de briques et monastère jésuite, maisons aux balcons sculptés. Un village qui a du cachet. Il bruine.  Au cœur de la rue des artisans ça y est on se fait aborder. Héry nous a laissé pour récupérer le 4X4. On rentre dans les magasins alignés de part et d’autre de la rue. De très beaux objets en bois sont proposés et si ce n’était l’embarras du transport on se laisserait bien tenter. La jeune femme nous propose la visite de l’atelier à l’arrière de la boutique. Toujours étonnant de voir les conditions de travail de ces artisans et leurs réalisations, outillage désuet. Local exigu pour 3 personnes. A l’extérieur 3 autres hommes. L’un sculpte une chaise basse, un second réalise un masque, un plateau voit le jour et Tintin à Madagascar se dessine sur une boite.

    A la porte une femme nous attend, elle veut changer des euros en monnaie locale. Giovanni lui fait plaisir, en remerciement elle lui tend une petite tortue de bois. Nous commençons à être débordés. Un geste entraîne aussitôt d’autres demandes. Héry enfin arrive. Il est temps de reprendre la route. VAZAHA, VAZAHA, le nom résonne dans la rue. Depuis deux ans le tourisme est en baisse importante du fait des événements politiques.

    IVATO . 14 H 45. 18 °. 1400  mètres. Il fait plus  frais, les gens sont enveloppés de couvertures, un arc en ciel enjambe l’horizon tel un géant, magie de la nature, beauté simple. Nous découvrons le sisal, avec lequel on fabrique de la corde. Ici les jeunes filles pilent le riz, les épis de  maïs sèchent en guirlandes jaunes sur de longues cordes. Nous ralentissons, aussitôt un garçonnet approche.

    -« Bonbons Vazaha, bonbons !»

    Giovanni veut faire plaisir. Mais par manque d’habitude il donne un paquet de trois gâteaux. L’enfant ne veut pas partager avec les autres, les autres rouspètent, il faut essayer d’équilibrer, le temps de s’organiser des visages jeunes, vieux s’approchent. Et c’est pratiquement l’incident, nous sommes restés dans la voiture,  Héry préfère démarrer….

    Première leçon. Chacun se débrouille avec ce qu’il a, pas de partage.

    Les rayons du soleil s’inclinent. ANDOVOKA L’ancienne piste d’environ

    30 kilomètres

    qui mène à RANOMAFANA  est goudronnée depuis 2006, nationale 45, une aubaine. La route cependant est étroite et nombreux sont les camions et taxis brousse. Un ralentissement après une dizaine de kilomètres. STOP ! Un accident entre deux camions. L’un est en travers de la route. Impossible d’aller plus loin. Il est 17 heures, la nuit va bientôt tomber, le ciel est sombre.

    -« Il y a une autre possibilité pour accéder au parc. Nous devons rebrousser chemin, reprendre la nationale 7 vers le nord sur une quinzaine de kilomètres et emprunter une piste d’environ

    25 kilomètres

    . Pas le choix en espérant qu’elle soit ouverte. »

    Héry est fatigué, la journée à été longue et chargée. Je pense de plus qu’il n’apprécie pas de rouler de nuit. Je suppose avec le temps qu’il a des problèmes de vue, tout comme le guide de DIEGO. Ils ont sans doute plus de quarante ans.

    Une barrière à l’entrée de la piste. Le garde arrive, Héry explique la situation. C’est ok, la piste est accessible. Inquiétante piste de nuit, peu de rencontres. Nous ne voyons rien d’autre que la pluie dans le halot des phares. Les trous sont masqués. Deux autres barrières à franchir, le brouillard se mêle de la partie. Klaxon, appels de phares, attente, longue attente. Giovanni cherche une possibilité de passage, aucune, enfin une silhouette.  Le garde ouvre le cadenas, nous poursuivons. Voilà la route goudronnée, tête de mort pour annoncer les dangers d’une route sinueuse sur un dénivelé de

    250 mètres

    . Reste environ

    10 kilomètres

    avant de rejoindre le Lodge sur

    la RN

    45. Il pleut toujours. Arrivée à 19 h 15. Sur le versant de la montagne, avant l’entrée du village, un ensemble de dix maisons en dur, chambre confortable, propre et spacieuse... Le restaurant bien tenu, bonne table. Potage, poulet, ananas et crêpe Suzette. Nous sommes deux couples. Comment arrivent-ils à gérer les menus ? Vite au lit, demain matin randonnée.

    JEUDI 20 MAI

    Joli point de vue depuis le restaurant du SETAM LODGE, copieux petit déjeuner, service impeccable.

    Héry est enrhumé, il a pris froid hier sous la pluie. Il va se soigner avec des infusions de feuilles de papayer.

    Rendez-vous à l’entrée du parc avec ANDRE. Le parc de RANOMAFANA  d’une superficie de

    41 600 ha

    , entre 600 et

    1400 mètres

    d’altitude, divisé en trois parcelles, est une forêt dense, humide de moyenne altitude. Forêt primaire, forêt ombrophile, et forêt secondaire dans laquelle sont menées les recherches de scientifiques attirés depuis 1980 par la grande diversité animale et végétale.  Un établissement sous le sigle Centre « VALBIO » financé par les Etats Unis se situe à côté de l’entrée du parc.

    Parc créé en 1991 on y rencontre des espèces rares faune et flore réputées mondialement (des centaines d’espèces d’orchidées). Nombreuses espèces animales sont répertoriées (12 espèces de lémuriens, oiseaux, papillons, poissons, reptiles…) De larges zones encore inexplorées abritent la tribu TANALA.

    -« Attention, il pleuvait la semaine dernière et hier encore. Les sangsues sont au rendez-vous » nous prévient André après la présentation du parc et le circuit de la randonnée.

    De fait après la traversée de la rivière tumultueuse sur une passerelle de bois, le pont emporté par le dernier cyclone, les premières minutes sur un sentier  pavé, le chemin boueux et glissant nous attend, et nous devons nous  observer mutuellement. J’ignorais jusqu’à ce jour à quoi ressemblait une sangsue. Et je pensais en avoir vu pour le restant de mes jours !!!! Cette petite virgule noire qui se tortille et grimpe et grimpe attirée par notre peau et notre sang. BRRR ! ANDRE ne cesse de se retourner pour surveiller nos vêtements, alors que c’est lui qui est le plus sollicité.

    -« André sur ton pantalon, André sur ta chemise » un geste et hop . Il nous explique que ce n’est pas grave, ça ne fait pas mal, elles tombent une fois repues….

    -« oui oui c’est ça !!!!

    -« Regardez dans vos chaussures de temps en temps »

    -« Mais oui regarde, elles sont rentrées, j’en ai sur les chaussettes aussi »

    -« Je préfère tu mets ton pantalon dans tes chaussettes, comme ça je vois »

    -« Hé Giovanni en a une sur le cou ! » André l’enlève, ouf il était temps.

    Bref vous l’aurez compris durant 4  heures, c’est un peu stressant.

    Mais la récompense est aussi au rendez-vous. Le pisteur cherche les lémuriens et nous progressons au milieu de cette forêt dense, des bambous, ruisseaux dans lesquels ANDRE puise l’eau.

    -« L’eau est potable, mais n’en buvez pas, les Vazaha sont fragiles quand ils arrivent »

    Voilà ils sont la.  HAPALEMUR Doré découvert en 1986 ou 1987.. C’est superbe de découvrir les animaux dans leur milieu naturel. Ils sautent, mangent, jouent.

    Nous verrons une autre espèce, pardonnez-moi  j’ai oublié le nom, perroquet gris et autres oiseaux. La saison la plus intéressante pour observer les animaux est l’été, il faudra revenir, mais avec en plus la pluie et les moustiques…Toute la matinée se déroule ainsi en  recherche et  observation. Le rabatteur se propose souvent pour faire les photos. Je lui confie mon appareil, il va et vient,  puis me demande de lui montrer.  Il a essayé de filmer, mais tout est raté… Une chance ce matin il ne pleut pas.

    Tout aussi intéressant, quelques confidences de notre guide une trentaine d’années, il est marié, père de deux enfants, il attend le troisième. Quand je dis marié ce n’est pas exact, au cours de la randonnée il nous explique  sa situation.

    -« J’ai choisi ma femme, versé la dote et on habite chez mon beau frère. On ne se marie pas, ça coute trop cher, et il faut aller faire la déclaration. Mais si je ne participe pas au budget, oups, on me met dehors. Je m’occupe aussi de ma mère. J’ai décidé d’arrêter de fumer, ça coûte trop cher et abime ma santé. Je suis essoufflé et je tousse. Avant je buvais du rhum aussi, c’est fini. Ici on s’ennuie, alors on boit »

    -« Comment es-tu devenu guide ANDRE ? »

    -« Je suis né ici, toujours dans la forêt et j’ai travaillé avec les scientifiques au départ avant l’ouverture de parc classé au patrimoine naturel mondial en 2007 »

    -« Toute ta famille est née ici ? »

    -«  Non, ma famille est de TANANARIVE. Mon père travaillait à la construction des barrages pour les JAPONAIS. Il est venu ici.  Avant ici les colons envahissaient la forêt pour enrôler les tribus à la construction de la voie ferrée. Ils coupaient le bois. Il y a encore une tribu qui vit dans la forêt, les TANALA. Quand je vais mourir je ne sais pas si je choisis d’être avec ma femme et mes enfants, ou avec mes parents dans le tombeau à Tananarive »

    Vers midi, nous rentrons et prenons une bonne douche, petite lessive des pantalons crottés, nous avons un chauffage électrique,  on en profite pour le séchage. Nous vérifions si les sangsues n’ont pas réussi à se glisser ici ou là.  Quelle horreur ces bestioles !

    Puis le déjeuner au bord de la rivière, cuisine malgache aujourd’hui encore riz, haricots zébu et porc.

    RANOMAFANA signifie « eau chaude » source révélée au XIX°. Les colons français en firent un centre thermal. On vient y soigner rhumatismes, troubles gastriques, obésité, diabète, asthme et même affirme t on la stérilité… Témoins de cette époque, les bains et le vieil hôtel décrépi. La dernière reine  RANAVALONA III fréquentait l’établissement. A la fin du XIX°. Les thermes sont accessibles sans avis médical. Le village est une zone tampon entre les hautes terres et le littoral.

    Héry n’est vraiment pas en forme…Le village est tranquille, personne ne nous aborde, échange de bonjours. Les enfants rient et se retournent sur notre passage « Vazaha ! ». Même les plus petits…Le village est doté de belles maisons du fait des scientifiques présents au parc.

    Une petite pharmacie, le marché, un écran de télévision dans un établissement. Les enfants regardent depuis le trottoir. L’église bien entendu au cœur du village, école privée. Mais aussi la station thermale. Il faut à nouveau traverser sur une passerelle de bois sur

    la NAMORONA. Les

    vestiges d’un pont se tortillent  au dessus. Entrée à la piscine 5 000 Ar pour les étrangers, 1000 pour Malagasy. Entrée aux bains 1000 Ar pour les étrangers, 200 pour Malagasy. Nous pouvons visiter sans payer de droit d’entrée

    Dans la piscine barbotent quelques garçons, observés par les filles qui étouffent des rires. Les jeunes filles sont dans la source de l’autre côté, à l’abri des regards, habillées. Les bains, sont une succession de cabines avec  des baignoires de pierre. Une maisonnette sur laquelle s’affiche la mention : massages. Tout cet ensemble tombe en désuétude. Dommage le site est très agréable et le jardin ombragé et fleuri. Nous retrouvons Héry pour rentrer au Lodge.

    Nous avons rendez-vous avec ANDRE ce soir pour une randonnée de nuit.

    Je profite d’un peu de temps et de mise à disposition d’un sèche-cheveux pour me laver la tête. Horreur, une sangsue arrivée de je ne sais où (sans doute collée dans mes cheveux) est fixée sur mon auriculaire et commence à gonfler. Je crie et par réflexe l’arrache. Erreur, je saigne, je saigne…. On me suit à la trace. Sale bête !

    Le temps à viré à la pluie, nous avons dormi.

    Giovanni me dit  -« Tu as toujours envie de faire cette randonnée de nuit sous le déluge ? »

    -« A dire vrai pas tellement »

    -« Moi non plu, je vais voir Héry pour qu’il prévienne ANDRE, inutile de le faire venir sous la pluie »

    Trop tard, ANDRE est déjà arrivé. Nous regrettons  vraiment  et sommes gênés. Mais marcher sous ce déluge de nuit une heure trente sur le bord de la route est plutôt dangereux, tant pis pour les caméléons ou le plus petit lémurien, nous n’avons pas le courage. Nous l’indemnisons pour la randonnée abandonnée. En fait il a peut être bien gagné sa journée en définitive, c’est lui qui nous remercie. Le monde à l’envers.

    Au dîner le restaurant est encore débordé, ce soir encore, à la table voisine un couple d’italiens….. Ils sont nombreux à Madagascar. C’est terrible le tourisme à complètement chuté depuis les évènements  politiques de l’an passé. Tous hôteliers, serveurs, guides, commerçants sont attristés par cette situation.

    VENDREDI 21 MAI

    Dernier point de vue sur le tapis moutonneux de verdure et le torrent boueux qui souligne la frontière épaisse de la forêt.  Un son de roulettes se détache du chant des eaux. Un charriot (planches de bois sur petites roues, le frein : un bâton dans la roue avant droite tenu par le conducteur) chargé de sacs, dévale la descente à tête de mort (voir notre arrivée le 19) dirigé si l’on peut dire par un jeune homme assis à l’arrière, tandis qu’à l’avant un jeune garçon nous regarde tout aussi étonné que nous. Nous découvrons la route sinueuse faite de nuit le 19 mai, en revenant sur nos traces pour rejoindre la nationale 7.

    Premier stop : la fabrication de tuiles. Ni plus ni moins la même méthode appliquée aux briques, si ce n’est que le four de briques enferme les tuiles pour la cuisson. Le jeune homme n’hésite pas à retirer quelques briques pour que Brigitte,

    la Vazaha

    comprenne bien. Je suis seule dans le champ avec lui, les messieurs sont restés au chaud dans la voiture. Merci. Alors que je remonte le talus, une femme vêtue d’une tenue rose saumon, une écharpe blanche, chapeau, passe devant moi.

    -« Je vais au mariage, vous allez là haut ? »  En montrant un village lointain (c’est ce que je comprends…interprétation confirmée par Héry)

    Son mari la suit, très élégant lui aussi. Costume et chapeau sombre, sous sa veste il porte une sorte de tunique longue en vichy rose ainsi qu’une étole blanche sur l’épaule droite, un parapluie à la main.  Ils portent des sandales aux pieds. Ils sont tout excités et ce n’est pas la marche à pied qui les gêne.

    Je félicite la dame sur sa toilette, elle apprécie,  me remercie, elle est très heureuse de la fête.

    La ligne de chemin de fer en direction du littoral Est, abandonnée,  double la route par endroits. Dans cette région nous verrons des vignobles. On y trouve également du thé.

    Nous faisons halte à FIANARANTSOA capitale du Betsiléo. Une ville de 150 000 habitants. Ville carrefour, foyer chrétien de longue date et riche de très nombreux édifices religieux. La haute ville « Tanana Ambony » se trouve au sommet de la colline d’Ivonea. Le village se transforma sous l’influence de

    la Reine Ranavalona

    I, qui décida après la conquête par les soldats d’Imérina, de construire une ville intermédiaire entre la capitale et le Sud. Vers 1870 avec la libéralisation du culte, la ville vit fleurir de nombreux édifices et écoles. Fianarantsoa devint pépinière intellectuelle. Puis les colons français développèrent la ville. La gare trône au beau milieu, inutile aujourd’hui. La nouvelle ville se situe au creux d’une longue cuvette, enfin la ville intermédiaire à moyenne altitude. Un effort particulier est réalisé dans l’ancienne ville pour la rénovation des maisons de façon traditionnelle, route pavée désherbée, églises entretenues. Une subvention proposée à la population en d’autres temps, pour couvrir les maisons en tôles,  avaient vu modifier l’inclinaison des toits par mesure d’économie. Sans doute dans l’intérêt de quelque politique !!! Tout est corruption et enrichissement personnel, hélas dans ce pays!

    Le point de vue est extraordinaire si l’on se donne la peine de contourner l’ancien village en empruntant un sentier de terre derrière l’église édifiée en

    1859. A

    la fontaine les enfants remplissent les bidons et sceaux. Les femmes lavent le linge au lavoir à proximité du marché. Un lycée siège au cœur du village.

    Deux petites filles nous proposent des cartes dessinées par elles-mêmes à l’école, afin d’acheter des fournitures scolaires. Très vite rattrapées par d’autres enfants qui nous « conduisent à l’épicerie ».

    Pas moyen de négocier le prix des cahiers, un grand modèle à 3 000 Ar, le petit modèle à 1 000 AR.

    Giovanni gère la situation en achetant des cahiers, tandis que je distribue les gâteaux de farine de riz et arachides cuits dans une feuille de banane  que j’ai emportés ce matin ainsi que quelques friandises.

    Ils voudraient plus ces enfants, et bien organisés nous remettent leurs adresses postales et internet.

    Nous avons promis, nous écrirons. Bien des engagements tout au long du voyage qu’il faudra honorer.

    Mais la route est longue aujourd’hui jusqu’à ISALO,

    352 kilomètres

    ,  nous devons partir.

    Le paysage devient plus aride. La vallée est encadrée de montagnes moyennes. Les taxis brousse sont surchargés, les portes ne ferment plus parfois. Toujours des forêts plantées d’eucalyptus et vente de charbon de bois. Les maisons sont toujours construites en briques avec un enduit en terre, toiture en chaume ou tuiles. De nombreux marcheurs sur le bord des routes, comme partout, enfants, adultes la tête chargée de sacs ou paniers, souvent nu pied.

    Vignobles de vin français, chinois et malgache. La température commence à monter 22 ° à

    1100 mètres

    .

    Des artisans fabriquent des cordes avec le sisal. Nous faisons une halte. Démonstration rapide par l’homme. Les feuilles coupées sont préparées en bottes. L’homme choisi une feuille et la pose sur une pierre. Muni d’une sorte de couteau à large lame et manche en bois, il racle la feuille sur une pierre, la fibre, sorte de crin de cheval apparaît alors. Il reste à tresser ou tourner les brins selon l’usage désiré. Nous faisons l’acquisition d’un chapeau pour Giovanni et quelques babioles. Les femmes portent les enfants sur le dos dans un tissu à la manière africaine.

    Toujours plus sec le paysage, les rochers se font plus présents. A gauche le point culminant est le pic BOBY

    2658 mètres

    . A droite la plaine du Zomandao. Nous passons la porte du Sud.

    Déçue depuis le départ, ce n’est pas la saison, je voulais voir du riz germé.

    -« Brigitte du riz à gauche »

    STOP. Je vais voir de plus prêt tout de même. Dans le haut du champ, une famille travaille.

    Je demande si je peux venir les voir battre le riz.

    Le « papa » est d’accord, mais la jeune femme réclame des bonbons. Que faire ?

    Héry et Giovanni me rejoignent. Nous escaladons le talus. Héry discute avec  « papa ».

    Par petites bottes séchées puis battues, le riz s’égraine. Il faudra ensuite le faire sécher à nouveau, puis le piler pour séparer la grain du son.  Héry nous demande de remettre un billet à l’homme le plus âgé. La vie est très rude dans cette région. Il reste ému le « papa » et nous remercie longtemps. Un bonbon à chaque enfant. Les petits sont vraiment mignons. Mais la jeune fille reste récalcitrante.

    De hautes herbes jaunies encadrent la plaine de terre rouge. Les cultures en terrasses sculptent l’horizon. Des tableaux éphémères à chaque virage s’offrent à nos regards conquis. Cette région nous apprivoise.

    Le repas se déroule au frais d’une longue terrasse couverte à AMBALAVAO à environ

    70 kilomètres

    de FIANARANTSOA. Nous optons pour des crevettes et des frittes, un peu marre du zébu et du riz et un bon café. C’est délicieux. Niché au cœur d’un cirque montagneux, Ambalavao toujours  « haute terre »  présente des alentours désertiques, il fait nettement plus chaud. De belles bâtisses de style betsileo couvertes de tuiles, une charmante ville plaque tournante du commerce du zébu. Deuxième plus grand marché de Madagascar. On estime à 2 000 têtes le nombre de têtes qui transitent chaque semaine.

    Production de vin, soie sauvage, tabac à chiquer, la ville propose aussi la fabrication du papier « Antemoro » mis au point en Arabie. Les populations antemoro (autour de la ville de Manakara) ont hérité de cette technique suite à l’immigration du VIIIe siècle sur la côte Sud Est. C’est un français qui redécouvre le papier en 1936 et le fabrique à Ambalavao. Le produit de base est l’AVHOA un arbuste dont on extrait la fibre, une fois séchée, cuite, la bouillie est tapée à la main avec un maillet de bois, puis mélangée à de l’eau. Etalée en fine couche sur une toile baignant dans un bassin vidé peu à peu. La pâte fine est alors découpée et les feuilles agrémentées de pétales de fleurs puis séchées au soleil. Albums, pochettes, tableaux, ce papier porte bonheur paraît-il. Je joue avec un petit garçon adorable, on saute à pieds joints dans une flaque d’eau… Il a l’œil malin le chenapan. Il doit avoir deux ans à peu près. Nous achetons quelques cartes postales, nous en trouverons d’autres sur la route. Reste à trouver des timbres vendus uniquement à la poste. (Erreur ce sera les seules cartes écrites durant le voyage désolés…)

    La route défile, longue cicatrice de bitume au milieu de ce paysage de plus en plus aride.

    Une halte est prévue dans le parc communal d’ANJA  (création 1999) pour retrouver nos amis lémuriens. Un regroupement de six villages exploite ce parc. Ils répartissent les gains et les charges, ont financé une école qui accueille 200 enfants (la plus proche était à

    7 kilomètre

    au par avant) sollicitent les connaissances de techniciens agricoles pour améliorer le rendement des cultures. La visite se fait obligatoirement avec un guide, comme dans tous les parcs. Visite courte pour nous, une heure, nous avons pris du retard. Premier caméléon et criquet. Ribambelle de lémuriens à longue queue annelée blanche et noire, pelage doré, blanc et gris, petits yeux orange cerclés de noir.

    .

    36 hectares

    . 300 lémuriens. Les dernières pluies datent de fin janvier. Avant la création de ce parc les lémuriens étaient chassés. Officialisation du parc en 2001, actuellement 155 membres (guides, rabatteurs, agents du ministère de l’agriculture, agriculteurs)

    « Lémur CATTA ou maki » les plus célèbres. Ils vivent en groupes de 10 à 20 membres, dirigés par les femelles. Ils dorment la nuit dans les grottes rocheuses, se nourrissent de fruits, feuilles et fleurs. Leur prédateur par exemple le Milan. Au petit matin ils prennent un bain de soleil sur les rochers, puis ils regagnent la forêt, se nourrissent et font la sieste 2 à 3 heures. Ils lèchent le salpêtre contre le toxique dispensé par les fruits. Accouplement au mois de MAI. Copulation 30 secondes. Gestation 4 mois ½. 1 naissance par an. Poids  à la naissance 20 gr, adulte 5 kilos. Ils « enterrent » leurs morts dans les rochers et les pleurent ensemble.  Ils font des sauts de

    5 mètres

    .

    4 cris - Amour : miaulement de la femelle, protection territoire,  alerte, et la mort.

    Je vous livre les commentaires de John notre guide du jour sans aucune vérification possible. (Toujours sans connexion personnelle à internet et sans doute pour longtemps encore…) Un serpent traverse devant les pieds de Giovanni. Même si le guide nous assure qu’il n’y a rien à craindre, nous n’aimons pas trop… A notre gauche la montagne des 3 sœurs.

    A notre retour sur la route nous croisons le bus TULEAR –TANANARIVE, 18 à 20 heures de route pour relier les deux villes. La galerie du bus est surchargée. A notre grande surprise il se trouve au beau milieu d’un convoi de zébus. Ce n’est que le commencement d’une longue série durant des kilomètres les troupeaux cornés qui remontent vers le nord, escortés par  leurs gardiens pour atteindre le marché d’AMBALAVAO ou de TANANARIVE. Les plus fortunés chargent le bétail sur des camions. C’est impressionnant je vous assure de voir défiler autour de la voiture toutes ces bêtes poussées d’un coup de fouet. On se croirait sur les terres des ranchs aux Etats Unis. Manquent les chevaux. Certains hommes font ce voyage nu pied depuis le sud par tous les temps.

    -« Ils restent en groupes, parce que de plus en plus il y a des attaques à la mitraillette. Les bandits n’hésitent pas à tirer » nous dit Héry

    -« Un zébu coûte à peu près 500 000 Ar (200 €,  5 fois un salaire de base). La tribu BARA de type africain, éleveur de zébus se situe au centre de la moitié sud. Ils ont de nombreuses coutumes dont celle du retournement des morts (nous en reparlerons). Mais la première est pour les jeunes garçons de voler un zébu pour marquer le passage à l’âge adulte ou pour offrir la dote de mariage. Le rituel s’est quelque peu transformé en vol de plusieurs têtes à des fins moins séculaires et plus lucratives. Le zébu symbole de prestige social mais aussi de virilité. »

    Il est bientôt 16 heures, altitude

    750 mètres

    , température 24 °

    Partout des zébus.  Le sol devient vraiment aride, contraste de couleur entre terre et herbe rare. Des pics rocheux ponctuent le paysage.  Des étendues désertes, sauvages. Apparition des manguiers, jujubiers, tamariniers, de plus en plus de champs de maïs.

    -« Les bandits, les dahalo, sont des ex-gendarmes ou militaires, formés au maniement des armes avec des techniques d’attaque et de replis, ils connaissent parfaitement la région » Héry n’avait pas terminé ses explications.

    Il est 17 h 20 lorsque nous arrivons à IHOSY,

    750 mètres

    d’altitude, 22 °. Au cœur des étendues de l’Horombe un plateau sans fin. Localité d’environ 6 000 âmes. Une espèce de palmier se détache sur le ciel bleu dans la tiédeur du jour qui bascule (le satrana). Samedi et dimanche marché aux zébus.  Escale pour les taxis brousse, lieux de chargement et déchargement pour les camions entre hauts plateaux et le sud.

    Nous avons dépassé les paysages de l’Indonésie depuis longtemps pour basculer dans les grands espaces de type africain, seule la terre nous rappelle que nous sommes bien à Madagascar. Les termitières font partie du paysage. Le long ruban gris dessine les courbes d’un paysage transformé. Les arbres de plus en plus rabougris, savane herbeuse. Le soleil  embrase la montagne avant de basculer. La maison traditionnelle en terre est moins haute.  De petits villages épars de type africains se détachent à présent le long de la route. Sur la droite d’immenses orgues grises. Très peu de cultures, il faudra attendre la saison des pluies.

    La vie est descendue tout entière dans la rue, affluence autour des échoppes, de plus en plus de vélos et aussi des cabines téléphoniques.

    Nous arriverons au Lodge dans la nuit la plus parfaite. Ouvert il y a quelques mois seulement fin 2009, Héry ne le connait pas. Il s’est bien renseigné heureusement parce que pas évident à trouver de nuit au bout d’une piste étroite et nombreux croisements.  24 maisonnettes mi dur, mi toile, toiture en chaume. Bel aménagement, sol en bois, vaste salle de bain moderne en béton, et douche complémentaire d’extérieur.

    Pour le dîner nous serons seuls. Nous en prenons l’habitude, mais c’est désolant pour les hôteliers. C’est un séjour parfait pour un voyage de noces !!! Le gérant se présente.

    -« Puis-je vous offrir de partager un verre de vin à notre table en attendant le dîner ? »

    Il me remercie, puis se ravise, s’assoit à notre table et commande une bière.

    Le service ne le dérange pas, nous dînons tout en parlant avec ce Monsieur mauricien. Il voudrait bousculer les malgaches, les faire avancer en mettant de côté leurs rituels d’un autre âge. Lui-même fait la part des choses avec sa religion tamoule. Il a vécu aux Comores. Il peste contre la politique du pays. Les jeunes gens sous son service sont exemplaires, souriants, sérieux, précis.

    Mais il est tard et demain nous avons un rendez-vous pour une randonnée. Nous devons nous quitter.

    J’ai trop mangé et bu trop de vin.

    -« Je vous confie un torche électrique, nous fonctionnons sur  groupe électrogène, dans une heure vous n’aurez plus de lumière, désolé »

    Une chance il y a de l’eau courante.

    22 mai 2010

    Pas très en forme ce matin, barbouillée. Il faudra faire avec. Tenue plus légère, chapeau, crème solaire, maillot de bain, bermuda.

    Petit déjeuner léger, ça ne passe pas. Une orange et un thé. Seuls face à l’immensité, nous découvrons un paysage hors norme. On comprend que l’électricité n’arrive pas ici étonnés d’avoir de l’eau au robinet encore plus à la vue de la magnifique piscine remplie.

    Nous sommes dans l’ISALO (prononcer ISHAL) paysage de western aux formes hallucinantes de grès datant du jurassique. L’eau et les vents ont donné aux pitons un aspect ruiniforme, traversés de canyons au fond des quels coulent des rivières limpides. Paysage grandiose parsemé de piscines naturelles cristallines. Etendues arides et pierreuses dominées par des escarpements abruptes desquels on s’attend à voir surgir les indiens. Rare végétation  composée d’aloès, épineux mais aussi le « Pied d’éléphant » (sorte de baobab miniature qui se pare de fleurs jaunes), oasis de fraîcheur et palmiers. Grottes  qui  abritent les sépultures BARA et SAKALAVA, le murmure des ancêtres peut être accompagne le randonneur. Nombreux oiseaux et reptiles en été.

    Nous gagnons le village  de RAHONIRA pour définir notre circuit avec un guide, toujours obligatoire.

    Bonjour JP.

    Avant le départ, achat de quelques provisions, bananes, pain et eau.

    La piste 4X4 permet d’avancer de

    7 kilomètres

    pour s’approcher de l’entrée du parc. Les femmes feront environ

    5 kilomètres

    la bassine de  linge sur la tête pour gagner la rivière.

    Les couleurs de la roche miroitent sous le soleil qui monte et chauffe déjà : rouille, vert, gris.

    Première étape circuit NAMAZA  cascade des Nymphes, piscines noire et bleue, puis PISCINE NATURELLE : environ

    12 kilomètres

    .

    Les lémuriens « CATTA » se jouent de nous et nous sommes déjà presque « blasés »… non ce n’est pas vrai.

    Campement, toiles de tentes dressées, marmites sur les barbecues aménagés. Il est possible de partir pour des trekkings de plusieurs jours.

    La randonnée s’effectue dans le lit de la rivière, une marche  un peu délicate pour le néophyte,  qui me rappelle le retour d’un ilet à

    LA REUNION

    avec FABIEN et CELINE C’est un canyon luxuriant qui mène à deux sites exceptionnels de cascades et piscines, l’eau est très froide..

    Après un moment de repos, nous revenons sur nos traces, pour rejoindre le campement et bifurquer vers la piscine naturelle. J’ai choisi cet ordre, je préfère l’effort de montée (mon genou m’a rappelée à l’ordre à Ranomafana) de plus tant qu’à se baigner autant que ce soit l’après midi.  Le paysage est fascinant, la grimpette d’un bon niveau, j’ai perdu l’habitude de marcher depuis une année, mais je retrouve des sensations et un grand plaisir. Tranquillement « mora mora » nous découvrons une oasis de fraîcheur, une piscine aux eaux turquoise, c’est irrésistible, on se jette à l’eau. Comme des lézards on se réchauffe au soleil en savourant nos bananes avant que n’arrive le groupe de jeunes américains croisés le premier jour. La féérie du lieu s’estompe un peu. Nous gagnons un belvédère qui offre le plus beau des panoramas. Il fait vraiment chaud à présent.

    L’ombre se fait rare.

    Voici le cercueil BARA  présenté pour expliquer le retournement du mort.

    Les ancêtres sont respectés, ils représentent les racines de la vie, l’origine même du peuple, les fondements de la famille. Perçus comme des demi-dieux, plus proches des vivants que le fondateur de l’Univers. D’où un culte fidèle qui imprègne le quotidien des vivants et régit leur vie. Tout acte, cérémonie, repas contribue à glorifier les ancêtres. On n’oublie jamais de verser les premières gouttes d’une bouteille sur la terre. Le coin nord-est de la maison leur est réservé.

    En IMERINA (région de la capitale) les FAMADIHANA se succèdent durant l’hiver austral, sommairement appelés « retournement des morts ». Hommage intense et exhumation qui réunit tout le village.

    En région SAKALAVA le FITAMPOHA ou bain des reliques royales mobilise des milliers de personnes.

    Ainsi dans chaque région ce culte rendu aux ancêtres varie. Sublimation de la vie, la mort donne accès à un état supérieur de connaissances et de sagesse permettant aux défunts de protéger les vivants et les guider. Rois et Reines font figure d’ancêtres suprêmes. Nous le verrons en visitant le rova du roi à proximité de la capitale.

    Ainsi donc JP nous explique la cérémonie BARA.

    -« Le mort est porté dans un cercueil temporaire dans une grotte. Après 4 années la famille et les villageois  viennent chercher le cercueil, les ossements sont portés dans un nouveau linceul jusqu’au village pour une grande fête.

    Un nouveau cercueil sera déposé dans une grotte plus haute, plus proche du divin pour la sépulture finale. »

    Mais selon les rites, le mort peut être inhumé plusieurs fois de son tombeau. Les enfants se disputes les nattes qui servent à transporter les os, une fois placée sous le matelas où l’on dort, elles sont sensées apporter le bonheur et assurer une descendance nombreuse. Des cérémonies très onéreuses, qui se préparent des mois à l’avance. Les nouvelles générations commencent à trouver ces pratiques barbares, coûteuses  et inutiles.

    Héry est au rendez-vous. Il est 14 heures.

    JB  a deux enfants de 11 et 6 ans. Il possède des terres familiales partagées. Quand il est guide environ 4 mois par an au total,  il paie une personne pour travailler les champs.  Ils sont 80 guides, il faut partager le travail, faire des roulements, il y a moins de touristes. Lui aussi boit du rhum et fume beaucoup.

    Retour au Lodge, repos bien mérité. Ce soir nous irons voir le coucher de soleil à la fenêtre de l’Isalo vers  17 heures. Je ne suis pas bien du tout. Je vais voir Fred au bar

    -« Vous allez bien Madame ? »

    -« Merci Fred, aurais-tu un thé vert ou une infusion à base de menthe s’il te plait ? »

    C’est une dame âgée assise au bar qui répond.

    -« Oui Fred tu vas bien trouver une infusion, fais bouillir de l’eau pour cette dame »

    -« Merci madame, nous nous sommes croisées hier soir à notre arrivée »

    -« Oui c’est vraiment dommage, vous êtes arrivée de nuit »

    -« C’est vrai, mais depuis nous avons eu le temps d’apprécier le paysage je vous assure, ainsi que le calme et la décoration  du Lodge »

    Quelques phrases encore et la dame me confie qu’elle vit ici.

    -« Je suis de Floride, mais je ne voulais pas vieillir là bas dans une maison de retraite sans jeunesse.

    Ici les gens sont respectueux et attentifs. Il fait beau. »

    -« Je suis désolée nous avons rendez vous pour voir le soleil couchant »

    -« C’est bien, de toute beauté, profitez bien de votre séjour »

    Héry n’est pas très motivé pour nous conduire à la fenêtre ce soir.

    Il y a foule sur la piste, les touristes sont répartis dans les différents hôtels du site.

    Plusieurs 4x4 sont stationnés, mais le soleil n’est pas au rendez-vous pour nous offrir le spectacle attendu de l’embrasement de la pierre. Tant pis, trop de monde (peut être une quinzaine de personnes, quand on est habitué à être seuls, c’est énorme) nous rentrons.

    Je retrouve ma nouvelle amie assise à côté de la piscine. Nous engageons une conversation plus intimiste.

    En fait elle est propriétaire de parts dans cet établissement ainsi qu’un hôtel sur la côte Est. Cette dame de plus de 80 ans a fait des études hôtelières  il y a 60 ans en suisse et parle couramment le français sans aucun accent.

    Elle connait Madagascar depuis plus de vingt ans et s’y trouve bien. On évoque sa santé, diverses opérations dont une expérimentale aux Etats Unis. Les qualités innées du jardinier pour la soigner. …Jusqu’à l’heure du dîner nous profitons de la douceur de la soirée. Elle dîne dans sa maison et se couche de bonne heure. Elle se fait construire une maison en dur. Ce sera la seule. Son chat de l’autre côté de la piscine miaule–« He poussy cat what are you doing ? »

    J’ai promis de lui adresser des timbres de MAYOTTE pour un ami.

    Dimanche 23 MAI 2010

    Départ vers TULEAR dernière étape au sud

    243 kilomètres

    , puis l’avion pour TANANARIVE  le jour même.

    A trente kilomètres au sud d’Isalo, la rivière LLAKAKA. Ici c’est la fièvre bleue, celle du saphir.

    Une ville Far West.

    Le pays est entré dans le XXIe siècle dans une extrême pauvreté et le moindre gisement de pierres précieuses est  l’occasion d’une  ruée. Des milliers de malgaches se sont mis en route vers la rivière. Une ville de 20 000 à 50 000 personnes qui vivraient dans des abris d’infortune, mais nul ne sait exactement. Nombreux sont morts ensevelis dans leurs galeries. Maladies telles que dysenterie et paludisme, prostitution, règlements de comptes régissent le secteur. Les petits commerçants opportunistes se sont installés le long de la route ravitaillant la population à des prix prohibitifs. Ils ne sont pas seuls, les acheteurs sri-lankais musulmans ou thaïlandais occupent les plus belles maisons en dur, gardiens postés devant les grilles. Des hôtels ont vu le jour ainsi qu’une mosquée, des bars.. Une ligne de taxis brousse a été créée pour relier les villages à

    la RN

    7. 

    En passant sur la rivière nous voyons hommes et femmes travailler espérant toujours faire fortune. Le rêve est plus difficile à atteindre qu’en jouant au loto… On tamise à la rivière plié en deux, les yeux rivés sur la terre et les pierres extraites à quelques kilomètres et livrées dans des grands sacs.

    On ne s’y arrête pas. Il est 9 heures, il fait 24 °, altitude

    800 mètres

    .

    Les baobabs se dressent fiers, nous commencions à désespérer de ne jamais en voir.

    ANDRANOMONTSO, SAKARAHA, toujours cette vie intense le long de la route axe de passage et donc économique où se trouvent les boutiques.

    Il La route droite sépare une plaine aride ponctuée de minuscules villages en terre, ou branchages,  toiture en chaume, tels qu’en Afrique. La population elle-même est de type africain, peau noire, cheveux crépus.  Les femmes ont un masque sur le visage comme à MAYOTTE, réalisé à base de plantes. La pauvreté s’accentue, sans eau, sans cultures. 

    MAHABOBOKA, une distillerie rudimentaire de rhum local, des tonneaux en fer et des champs de canne à sucre.

    VINETA, 10 heures, 28 °, altitude

    450 mètres

    Une escadrille de criquets. Eucalyptus et canne à sucre rompent la monotonie du paysage et se détachent sur les  champs d’herbe jaunie.

    Les kilomètres défilent au compteur

    ANDRANOVORY, Dernière ville étape et carrefour routier avant de rejoindre TULEAR ou bifurquer vers Fort Dauphin. L’animation est grande sur la place autour des bus et taxis brousse. Les jeunes femmes portent des plateaux et proposent un encas  avant la longue route. Vente de viande  (cabri),  légumes (brèdes, haricots, arachides, canne, songe..), criquets…

    ANDANALABO, Les cases sont de plus en plus petites, vente de charbon de bois. Mais comme partout ailleurs, les alentours toujours propres, devant des cases balayé.  Pas de déchets, tout est réutilisé et puis il n’y a pratiquement rien ici. Héry  nous a conseillé de garder nos bouteilles d’eau vides, afin de les donner, de même pour les savons dans les hôtels. Il faut penser à ceux qui n’ont rien.

    Dans ce paysage isolé, désertique, sous le soleil, étonnant voir anachronique : une équipe de cyclistes !!!

    -« Héry, quels sont ces arbustes ? »

    -« Des plantations de JATROPHA, plante de base pour faire du  bio carburant à l’initiative des américains. On mélange l’huile essentielle avec de l’huile usagée. On a donné des subventions pour planter. Les gens on dit, on donne de l’argent oui, oui, donne et plante. Mais ils n’ont pas compris l’utilité et la possibilité de gain dans le temps. Pour eux seul compte aujourd’hui et demain ».

    De plus en plus au sud, de plus en plus sec : pierres et buissons épineux défilent le long des routes.

    -« Attention !  Ho Héry je crois que nous n’avons pas évité cette poule ! »

    Un bruit sec sous la voiture. Je me retourne, les plumes volent, c’est sûr la pauvrette git au beau milieu de la route. Notre conducteur évite bien des obstacles, mais  cette fois nous avons une mort sur la conscience.

    A

    16 kilomètres

    de TULEAR en haut d’une côte nous distinguons la mer, l’horizon  est nuageux.

    Altitude

    150 mètres

    , 31 °, 11 heures.

    Palmiers dattiers,  poteaux électriques, de nombreux scooters, nous  approchons de la ville.

    -« Passons à l’aéroport voir si l’horaire du vol est confirmé » nous dit Héry.

    -« Oui tu as raison, au vu de notre expérience de départ  sur Air Madagascar, c’est préférable»

    L’aéroport se trouve à l’entrée de la ville, pratiquement dans des dunes. Le parking est vide, l’aérogare moderne ouvert, désert. Nous en profitons pour une pause de commodité…. Un gardien nous renseigne. L’arrivée de l’avion est prévue à l’heure.

    Chèvres, pousse-pousse jaunes, verts, bleus, sur grandes roues (très différent des villes traversées jusque la), échoppes, station service JOVENNA, Télécom Telma, contrôle policier, motos, vélos, 4X4, grandes maisons de style colonial ou blanches au toit plat (style années 50) , affiches publicitaires, charrettes et zébus, poussière, nonchalance, embarcadère d’accès aux plages du sud, pirogues à balancier, les filles sont très découvertes à Tuléar,  larges avenues, mosquée, nous sommes dimanche, la ville est calme. L’avenue de bord de mer et ses belles maisons, restaurants, clubs de nuit, fête de Pentecôte.  Direction le marché : patates douces, songe, maïs, pois chiche, manioc, plantes médicinales,  vendeurs de viande, riz, salades, tomates, volailles vivantes….Et toujours les peintures rouges et blanches THB de la bière locale que nous retrouvons partout.

    Si l’on en croit certains descriptifs, question atmosphère, on pourrait transposer TULEAR au film du SALAIRE DE

    LA PEUR

    , pour vous donner une idée…

    Dès le XVI° siècle de nombreux navires européens font escale pour s’approvisionner en eau et nourriture, puis la dynastie des ANDREVOLA s’installe sous l’égide du roi VARINDRY. Au cours du XVIII° siècle de nombreux pirates bénéficient de la traite d’esclaves vers le Brésil ou les Mascareignes en complicité avec les souverains. Vers 1890 la ville tombe aux mains des MERINA. Avec  la colonisation française TULEAR se développe rapidement. L’architecture sans imagination est due à un français et au gouverneur général GALLIENI. La population est estimée à environ 200 000 personnes contre 140 000 en 1991, et 60 000 en 1980 quand en 1932 on comptait 17 000 âmes. La province de TULEAR compterait plus de 2 millions d’habitants.

    Nous déjeunons alors que se produit un accident entre scooter et vélo, provoquant un attroupement et des discussions. Le conducteur du scooter avec de nombreuses plaies sur les bras redémarre laissant le jeune garçon avec un vélo abîmé. Nous avons une envie de frites et crevettes,  coca et bière, café, tandis qu’Héry ne déroge pas à son bol d’eau chaude, riz et zébu. Il partage la bière avec Giovanni, aujourd’hui il ne conduira pratiquement plus. Les enfants nous réclament le pain. Les dames et leurs paniers chargés de petits objets d’artisanat se relaient devant la terrasse du restaurant. Sur le trottoir à côté une femme et son bébé allongé sur une natte. De toute évidence  au vu de son équipement, ils vivent là. Une autre femme âgée accroupie à l’angle de la rue chasse le petit homme qui nous demandait du pain habillé d’un pyjama.

    Une jeune femme enceinte vient nous saluer. Elle est propriétaire du restaurant, c’est elle qui cuisine.

    -« Elle est mariée à un Vazaha, nous dit Héry »

    -« Ah, et comment tu le sais ? »

    -« Son attitude, les femmes de Vazaha sont sûres d’elles, ses bijoux, et seules elles ne peuvent pas ouvrir un restaurant »

    -« Tu attends son premier bébé ? »

    -« Non j’ai déjà un garçon avec un autre mari. Mon ami de maintenant à aussi des grands enfants, c’est un Vazaha, il est content d’avoir un bébé avec moi, c’est bien »

    -« Tu vois » me dit Héry  « C’est pas bien, les couples ne s’entendent pas, souvent ils se séparent. La famille tient une grande importance à Madagascar, au début la femme est gentille, et puis elle veut voir sa famille, et l’homme en a assez d’aider tout le monde. Alors ils disent, si tes pas content tu t’en vas. Et il perd tout, les enfants et la maison qui est au nom de la femme et il rentre chez lui. »

    Il nous raconte  l’histoire de son frère, qui a l’inverse  vit en France, (parti chez un oncle à NICE depuis le décès accidentel de leurs parents Héry avait 15 ans). Il est chauffeur taxi dans la région parisienne et il a épousé une française dont il a eu une fille. Il a quitté sa femme. Et puis un beau jour il est revenu à Madagascar durant une semaine pour chercher une nouvelle femme de chez lui. Et hop ils sont repartis ensemble. Maintenant il est heureux et voudrait un autre enfant….

    Nous verrons bientôt que dans certaines villes les couples « mixtes » blanc/malgache sont coutumiers.

    Mais le temps passe et nous regagnons l’aéroport dont le parking est bondé cette fois. En sortant de la voiture nous sommes assiégés par des hommes en fauteuil roulant parfois  sans jambes, des mendiants aveugles…c’est un choc. Mais je ne m’attarde pas, ça va mal, et je ne suis pas la seule. Vite on procède à l’enregistrement, nous quittons Héry qui rentre par la route, nous le retrouverons à TANANARIVE dans 2 jours. Il y a urgence, direction les toilettes en cœur… Frites ou crevettes, ça ne passe pas bien du tout. Sans doute l’huile de cuisson.

    En attendant l’avion séance écriture cartes postales. L’avion est à l’heure, 16 h 10, on y accède directement pour une  heure de vol.

    Notre nouveau chauffeur TOKI (prononcer TOUKI) nous attend, direction la maison GALLIENI. 

    Dimanche soir, nous atteignons TANANARIVE à la tombée de la nuit, ralentis par le cortège de l’équipe de rugby gagnante de la rencontre du jour et les supporters. La récompense : un zébu vivant affolé par les cris et la foule qui avance très lentement. Après la campagne il y a foule dehors et les échoppes proposent bananes, légumes, charcuterie, carcasses de zébus sur un toit. Un court entre mède de calme en passant un pont qui enjambe rivière et rizières. Nous entrons au cœur de la ville et le défilé humain s’accentue sur des kilomètres. Selon TOKI   la province de Tana compte de 5 millions d’habitants, pour une population totale du pays de 20 millions. Si je prends les chiffres publiés de Tananarive  1million 600…. Officiellement le chiffre avancé de 16 millions au total. …Bon nous dirons que cela donne une fourchette.

    Il faut chaud, vitres ouvertes c’est insupportable avec la pollution. La gorge gratte. Aux points d’eau des chapelets de bidons jaunes et de sceaux. SEULS ceux qui en ont les moyens peuvent avoir de l’eau courante dans leurs maisons. Idem pour l’électricité. Nous passons devant la gare que Giovanni compare à celle de

    LA ROCHELLE. Une

    avenue de l’Indépendance dans chaque grande ville.

    C’est avec bonheur que nous retrouvons « notre » chambre, comme un chez nous. Martine et Solange nous accueillent et nous dînons de bonne heure. Elles nous servent une soupe, la spécialité de MARTINE le Ravitoto, des bananes flambées. Tout est parfait et nous sommes gênés de retourner des plats à peine entamés, mais l’estomac ne supporte rien ce soir. Giovanni se force un peu pour leur faire honneur. Il en paiera les conséquences demain. Nous nous excusons.

    Après le dîner nous entamons une longue discussion. Elles sont adorables. Martine connait un peu MADAGASCAR, elle est jeune et très curieuse. Elle a voyagé un peu parce que son beau frère est voyagiste. Son patron (le consul de Monaco) possède deux autres hôtels de standing à Tananarive. Elle a travaillé durant quelques années en cuisine, des horaires difficiles (3 h ou 6 heures jusqu’à 23 heures le plus souvent) sans aucun contact avec les clients.

    -« Le chef de cuisine a imposé le français et ceux qui ne voulaient pas apprendre ont régressé à la plonge.  C’est normal il faut progresser. Je suis bien ici. Nous avons des clients anglais ou russes. Je voudrais apprendre ». Solange est plus âgée, moins sûre d’elle, plus réservée, mais très attentive à notre discussion. Toutes deux sont détendues et nous sommes assises autour de la table. Elles dorment dans la maison. Des gardiens toujours  à l’extérieur.

    Mais il est tard. Nous reviendrons dans 2 jours et nous promettons de faire la diète la veille.

    LUNDI 24 MAI

    7 h 30 départ de

    la Maison GALLIENI.

    A notre demande, changement sur le programme initial. Un tour d’horizon de la ville et visite de la cité interdite sur la colline bleue.

    La ville  enceinte de 12 collines, s’étage entre 1240 et

    1470 mètres

    . On monte et on descend pour rejoindre les différents sites. Les belles demeures s’étagent sur les hauteurs. Superbes constructions de briques. Les rizières affleurent la ville trompant notre attention et nos repères. Pauvres masures. Edifices coloniaux. Eglises et collèges.

    Le lac d’ANOSY entouré de jacarandas au centre duquel se trouve le monument dédié aux combattants de la guerre mondiale. En arrière plan se dresse l’immeuble de l’hôtel Hilton. La voie ferrée, le canal, le marché et sa foule bigarrée, des fraises, radis, choux, carottes, crevettes, pain, fromage, fleurs. L’axe principal tracé en 1912 pour relier le marché à la gare, le siège des compagnies aériennes, des banques, agences de voyages et pharmacies. Le quartier des vieux cottages à l’anglaise, temples catholiques et protestants. Les palais présidentiels et les ministères. Les bijoutiers qui affichent les grandes marques. Le brouillard se dissipe avec la chaleur du soleil. Sur les hauteurs palais du 1er ministre, du roi et de la reine. Sous le tunnel dans la pollution des sans domiciles. Difficile de circuler, les feux ne fonctionnent plus. Présence de l’armée dans les rues. Vente de vêtements, chaussures, tampons sur les trottoirs. Chacun son petit métier. Les femmes lavent du linge devant un point d’eau à même la rue.

    Impression : coude à coude de mondes qui se côtoient, s’ignorent, de richesses et de la plus extrême pauvreté, de chao parfois,  de fourmilière toujours, d’étouffement, de malaise.

    Nous quittons la ville en direction du nord pour rejoindre AMBOHIMANGA à

    21 kilomètres

    .

    Il est 8 h 30, des enfants jouent dans un parc aménagé avec des chevaux de bois. Sur l’itinéraire, une savonnerie, torréfaction, épices, mosquée au dôme doré, un magasin JUMBO, les hommes pêchent dans l’eau du lac (ce qui est formellement interdit ajoute TOKI), toujours des vendeurs, une multitude de couleurs, une animation permanente et une foule en attente des bus.

    Nous progressons au milieu de constructions modernes sur plusieurs niveaux, toiture en tuile ou tôle, les rizières à nouveau jamais loin. Un ruban de taxis et bus descend vers la capitale. Les immenses murs surmontés de tessons de verre abritent des villas luxueuses,  bien gardées, antennes de télévison. Qui dit rizière, dit présence d’eau, extraction de sable vendu en petits tas et fabrication de briques. La douceur de la campagne et le retour des eucalyptus, des pinèdes, champs de maïs.

    AMBOHIMANGA  Une histoire fascinante, un site charmant  classé au Patrimoine mondial par l’Unesco depuis décembre 2001.

    Nous dépassons « le poste de guet et son énorme disque de pierre » (qui servait à sécuriser l’entré), puis la gardienne lève la barrière, nous permettant d’accéder à un parking. On pourrait se situer dans un village du XVIII° siècle. Ruelles pavées, maisons hautes au crépi vermillon, rempart… L’air est frais, le regard se perd jusqu’à l’horizon. On distingue les collines sacrées qui s’élèvent en cercle. Chacune d’elle correspondait à un royaume. Le roi avait épousé 12 princesses  afin de fortifier son royaume par le biais des alliances.  Ici il avait établi son palais.  Les boutiquiers ouvrent les échoppes. Vente de pain traditionnel mérina (farine de riz, miel, pistaches enveloppé cuit et vendu dans des feuilles de bananier). Nous devons patienter jusqu’à  9 heures pour la visite guidée.

    Ambohimanga est une enceinte fortifiée de

    2 km

    5 environ agrémentée de figuiers, arbres sacrés, emblèmes de la puissance royale. Des 14 portes, une seule demeure. 16 millions de blancs d’œufs (utilisés comme de la chaux) furent nécessaires pour construire le mur extérieur, mélangés à de la boue et excréments de zébus.

    Une grille s’ouvre en haut des marches, la visite débute par une vaste esplanade plantée d’un ficus vieux de 300 ans, des jacarandas où le roi réunissait « ses conseillers » et son peuple. C’est ici sur une énorme pierre en forme de cœur qu’étaient sacrifiés les zébus. Toute l’organisation du site est réalisée en fonction des points cardinaux :

    Sud = soumission

    Est = création

    Nord = puissance

    Ouest = profane impure

    Après avoir monté quelques marches, à notre gauche,  un lieu sacré, où les malgaches viennent faire des  vœux, sur l’arbre les cranes et cornes de zébu offerts en offrandes. Il faut retirer ses chaussures afin de ne pas profaner cet espace « divin ». Encore quelques marches et nous franchissons la porte royale au dessus de laquelle figure l’emblème sculpté dans la pierre, feuille de ficus ou figuier. Le rouge est la couleur royale et le zébu sacré est celui dont la robe est la plus proche du rouge, en fait un marron foncé avec une tâche blanche sur la tête et sur le pied. Si le peuple possède une telle bête, il l’offre au roi.  Encore quelques marches donnent le droit à une vue panoramique et permettent de découvrir la fosse à zébus.

    Au centre de l’enceinte le palais du roi Andrianampoinimarina. Une grande  « case » noire et haute en palissandre, toiture en paille, sol en terre battue. De grosses pierres rondes font office de marche, attention pensez à entrer du pied droit si vous souhaitez la bénédiction des ancêtres. L’intérieur est sombre, et d’une grande simplicité hormis quelques éléments pour cuisiner (le roi cuisinait lui-même de peur d’être empoisonné). Dans le coin nord-est, un lit suspendu celui du roi. Le trône tout petit est en palissandre tout comme les piliers portés depuis le sud-est  de l’île sur

    700 km

    par 2 000 esclaves. Le bois ne devait pas toucher le sol.  A  l’opposé au sol,  orienté sud-est, le lit de la favorite. Sur des étagères, malle, ustensiles de cuisine, corne d’appel. On remarque des échelons sur les piliers en palissandre, le roi se cachait sur la poutre la plus haute sous la toiture lorsque des visiteurs entraient dans sa demeure.  Il laissait sa femme leur parler afin de mieux les juger. Il lançait un caillou s’il consentait à les recevoir. Son épouse faisait sortir ses hôtes afin de permettre au roi de redescendre sur terre. Le souverain mesurait

    1 m

    45.

    Il fut roi à 20 ans, eu 26 enfants et mourut à 65 ans. 1745/1810. Le système féodal instauré sous son règne fonctionnera pendant plus d’un siècle. Il déclare « la mer est la limite de mes rizières », dès lors les expéditions militaires se multiplient. Le fils choisi comme successeur fera tout pour réaliser les rêves du père : porter jusqu’aux océans les limites du royaume.

    Un espace est réservé pour faire sécher le riz. Un autre accessible par un escalier étroit permet de découvrir les bains.  Le site sera la maison d’été des reines par la suite, la première piscine a été complétée par une seconde plus grande. L’eau distante d’un kilomètre du palais est portée par 70 jeunes vierges (10/12 ans) dans des cruches en terre. Au moment du nouvel an malgache, se déroulait la cérémonie du bain royal. L’eau était utilisée ensuite pour bénir le peuple. Avant de sortir, pensez à marcher à reculons afin de ne pas tourner le dos au roi, en posant le pied gauche en premier.

    En face le tombeau de l’astrologue. Signification des matières utilisées : la pierre matière morte évoque le cœur, le bois matière vivante évoque l’âme. Les tombeaux royaux ont été profanés par le Général GALLIENI qui voulait mettre à mal les croyances. Puis profanés une seconde fois par leurs descendants en les ramenant sur ce lieu dans leurs tombeaux.

    Le site est transformé sous le règne de la reine RANAVALONA I, puis RANAVALONA III. Plus tard l’armée française y installera ses baraquements au début de la colonisation.

    RANAVALONA I très méfiante envers l’Europe dénonce dès 1828 les traités et prend ses distances avec les anglais, expulsant les missionnaires vers l’île Maurice. Elle entretien des relations privilégiées avec un français Jean Laborde et lui permet de créer un centre industriel, ainsi que son propre palais. Il sera expulsé en 1857 suite à un complot du fils de la reine ainsi que tous les étrangers. Elle fait tuer tous ses amants afin de préserver son pouvoir.  Elle meurt en 08/1861.

    RANAVALONA II a délégué l’essentiel du pouvoir  au premier ministre, et se consacre à la modernisation de l’état.  En 1883 la première guerre franco-malgache éclate. En 1883 suite au décès de la reine, il désignée RANAVALONA III, cousine de la rien défunte, qu’il épousera. En 1885 il signe un traité avec

    la France

    impliquant une certaine domination.

    EN 1890 l’Angleterre accepte le protectorat de

    la France

    sur Madagascar, en prenant possession de Zanzibar.

    La  maison en bois de RANAVALONA III est charmante en comparaison de l’austérité du palais du roi, avec des balcons laqués et des colonnes. La salle à manger avec son plancher en palissandre, les tentures en soie de chine (restaurées en coton d’Antsirabe), cuir de Cordoue en sous bassement, mobilier Henri II,  miroir offert par la reine d’Angleterre (qui ne déforme pas). En haut, la chambre aux tissus rouges. Il est dit que dans les tiroirs des commodes les malgaches glissent des vœux sur de petits papiers « donne moi un travail, une fiancée, un enfant.. »

    Ces vœux s’adressent à l’esprit de la reine qui peut aider les vivants. Pas de blasphème nous sommes des Vazaha, ceci ne nous concerne pas.

    En 1958 le Général de Gaulle dina ici même.

    En 1872 construction de la salle de conférence, double vitrage et motifs floraux, rideaux, au dessus de la chambre d’amis. Hauts plafonds et fenêtre haute pour l’aération.

    Quelques moments encore dans ce lieu paisible. Une vue panoramique sur TANANARIVE à l’arrière de l’enceinte, nous remercions notre guide, une toute petite femme énergique de type asiatique.

    Notre étape ce soir est PERINET à

    145 km

    de TANANARIVE, il faut repartir.

    Nous sommes lundi de Pentecôte et Toki nous dit que la tradition ce long week-end est le pique nique familial.

    De fait dès que nous reprenons la route, vers 10 h30, la température agréable de23 ° encourage à un séjour à la campagne.

    Ce n’est qu’une longue chenille de véhicules (404. 2CV. Opel, golf...), bus, taxis, vélos, scooters qui arrivent surchargés.  Je ne compte pas moins de 10 personnes dans une 106, 8 dans une 2CV. Certains n’arriveront peut être pas au but fixé, nombre de véhicules sont en panne, capot ouvert. Ils doivent faire preuve d’ingéniosité pour réparer ou réaliser souvent eux même les pièces nécessaires. « A VENDRE SIMCA 1000 ». Les jeunes et leurs guitares. Les familles de 4 personnes sur les scooters. Une décapotable Mercédès.

    Nous dépassons l’ambassade chinoise, puis le quartier résidentiel, la police fait la circulation sifflet en bouche.

    Sensation d’étouffement, difficulté à respirer, trop forte pollution… Tananarive ne me réussi pas. Direction Route Nationale 2.

    Clinique et collège adventiste américain, ambassade russe, circulation non stop. Boulevard de TOKIO  à l’est de Tana, financé par les japonais. Ils financent également nombre d’écoles en contre partie ils ont accès aux eaux pour pêcher la crevette.

    Ouf on respire, voici les rizières, l’eau, la verdure, l’air pur.

    Jour de pique nique oui, à pied, à vélo, en voiture…mais aussi jour de lessive. Que ce soit au lavoir ou à la rivière, les femmes frottent. Les vêtements étalés sur les rochers  déploient des palettes multicolores au bord des routes.

    Nous suivons la ligne de chemin de fer qui relie la côte Est et TAMATAVE en particulier (transport de marchandises pour le moment). Et toujours un grand nombre de marcheurs et de marchandises sur les têtes. Les marchés dans chaque commune traversée, vente de lait (il y a des vaches dans les rizières) de choux, une animation permanente. Maisons coloniales alignées, ou maisonnettes peintes, cases en bois, en brique... Inscription de versets bibliques à notre droite sur les rochers.

    Carrières de granit et petits métiers liés (pavés taillés à la main, concassage de pierre et vente de gravillons souvent un travail féminin)

    MORAMANGA (ici en 1947 commença l’insurrection nationale pour l’indépendance, qui allait s’étendre à tout le pays), AMBATOLAONA, ANKARAHARA. Une halte pour le déjeuner, le restaurant prévu part TOKI est complet. Peut m’importe je n’ai toujours pas faim. Nous allons

    200 mètres

    plus loin. Ici la population est de type asiatique et sur nombre de commerces l’enseigne est chinoise. De fait le restaurant aussi. Pour moi un riz cantonnait, Giovanni pas beaucoup mieux que moi, avale tout de même une assiette de pâtes bolognaise. La carte très complète est hétéroclite. Trois bouchées, ça ne passe pas bien. J’ai vu à la table voisine distribuer une boite pour emporter ce qui n’a pas été consommé. J’en demande une pour mon riz. Je sais que dehors je ferai plaisir à quelqu’un. J’ai remarqué une vieille femme recroquevillée dans un réduit et lui offre ma boîte. Ses yeux pétillent, elle joint les mains, son pauvre visage ratatiné esquisse un sourire. Avant de monter dans le 4X4, je me retourne, elle m’a suivie des yeux et me fait un petit signe.

    Forêts et cultures, paysage très vallonné, de petits villages, kermesse et chevaux de bois. Pique nique chrétien, une vingtaine de bus. Le ciel est nuageux, la route serpente avec de beaux points de vue. Pour la première fois sur la route vente de plantes fleuries.  La route très abîmée ce qui occasionne des situations à risque. Station hydro électrique. Transport d’un mort sur un brancard, couvert d’un linceul, quelques personnes. Ami 8 bleue comme celle de Giovanni quand il était jeune. Pamplemousses, ananas, oranges, bananes. Fumée noire des pots d’échappements. Nouveau contrôle policier. Scierie. Maisons en bois sur pilotis.

    Une nouvelle barrière, nous saluons les gardiens, la piste traverse la forêt, grands arbres et fougères arborescentes, nous entrons dans le parc d’ANDASIBE (Ex PERINET ancien nom français) haut lieu de tourisme pour écouter le chant de l’Indri Indri et tenter de l’approcher. Ici un projet d’exploitation de mine de nickel et cobalt par les canadiens.

    VAKONA Forest Lodge. Hébergement, restauration, équitation, parc crocos, ilots de lémuriens, parcours VTT, squash, piscine, visites nocturnes, pistes randonnée…Visite des mines de graphite, golf..Nous nous installons dans notre maisonnette en bordure de la rivière après avoir traversé la passerelle, au cœur d’une végétation  humide et du chant inlassable des grenouilles. Sympathique, un peu humide mais sympathique.  Tout le complexe appartient à une famille malgache d’origine française.

    L’hôtel placé sur un site de

    200 hectares

    , limitrophes du parc National de Mantadia, est entouré de plantations de pins et eucalyptus, forêt primaire et possède une réserve privée. Créée en 1994 la réserve ne cesse d’évoluer afin de faire découvrir quelques espèces d’animaux endémiques à MADAGASCAR.

    Voilà nous sommes prêts. Toki nous attend, nous partons à la rencontre des crocodiles du Nil. Rien d’exceptionnel, c’est l’hiver, ils dorment. Seule la balade est agréable après ces heures en voiture. Nous découvrons également le Fosa en captivité (carnivore malgache il ressemble à un grand chat sauvage). 

    Direction les 3 îlots aux lémuriens. Accompagnés d’un guide,  il faut embarquer dans un canoë.  Nous visitons l’ilot  principal, il est déjà  tard.  Des animaux plus ou moins apprivoisés vivant en liberté. C’est néanmoins une occasion de vraiment les approcher, jouer avec eux, les suivre, les observer manger.

    -« Attention ! » Giovanni se retrouve avec une bestiole sur la tête…puis deux.

    -« Qu’est ce je fais ? » c’est à mon tour….pas trop rassurée.

    Eulémur Fulvus, Hapalémur, Varevia Variegata….et oui !!!! Bon j’ai triché, j’ai copié…sur une brochure récupérée à l’hôtel.

    Retour à l’hôtel justement pour une pause. Dans le restaurant  un groupe de malgaches évidemment fortuné se prépare à reprendre la route pour Tananarive après ce long week-end.

    Nous avons rendez-vous à 18 h 30 pour une randonnée nocturne (manquée dans le parc de Ranomafana).

    Lampe au front c’est parti pour 1 heure 30 de bonheur !.

    Nous  nous engageons sur un sentier derrière l’hôtel accompagnés par notre guide bien entendu.

    Et nous cherchons avec les lampes… mais quoi ???? En tout premier nous voyons de tous petits caméléons, minuscules, adorable, de nombreuses araignées, des criquets, gecko à la queue en feuille. C’est très amusant d’inspecter les branches, d’écouter. La nuit donne une nouvelle dimension à la nature. Tout à coup je dis

    -« La, c’est quoi, 2 points brillants ? »

    -« C’est le Microcébus, le plus petit lémurien du monde, c’est lui que nous cherchons »

    Ah c’est génial, gros comme un hamster, ces yeux brillent dans la nuit, il se déplace de branche en branche il faut le suivre. Il est adorable. Nous sommes ravis.

    Une pluie très fine nous accompagne, presque une rosée.

    Le feu de cheminée est apprécié à notre retour au restaurant. L’appétit n’est toujours pas au rendez-vous, mais j’apprécie le potage et l’ananas avec   boule de glace. Giovanni mange aussi le poisson grillé annoncé pour une sole !!!  En règle générale lorsque nous arrivons dans notre résidence de nuit,  avant même que l’on s’installe nous devons choisir notre menu. Ainsi ils ont le temps de préparer le repas et le service est rapide.

    Après le dîner tout est trempé. Depuis une semaine il pleut, les sentiers sont détrempés et glissants.

    Aller au lit la troupe, demain randonnée.

    MARDI 25 MAI 2010

    Parc National d’Andasibe Mantadia (ex Péninet)

    12 500 ha

    et réserve d’Analamazaotra à la rencontre de l’Indri Indri.

    Le parc s’étage ente 900 et

    1250 mètres

    L’indri : taille moyenne

    75 cm

    à

    1 mètre

    , une queue minuscule, poids entre 7 et

    10 kg

    , pelage noir et blanc

    Herbivore il apprécie les petits fruits. Il vit en groupe de peu d’individus, naissance, à vérifier informations contradictoires. ‘1 portée tous les 3 ans ou 3 bébés en 1 porté ‘ Adulte à 9 ans. Il est connu pour ses prouesses vocales, hurlements, sirènes difficile à définir, mais incroyablement étonnante. Il est audible à

    3 km

    à la ronde. On reste sous le charme à l’écoute de cette voix qui  domine et enveloppe la forêt. Le guide est capable se s’orienter et définir la distance. Il peut vivre jusqu’à 80 ans. Leurs prédateurs aigles et fosas, sans parler du braconnage.

    Onze variétés de lémuriens vivent dans ce parc, mais aussi les oiseaux, les papillons, fougères, lichens, orchidées, lianes géantes…Le taux d’humidité avoisine les 90 %.

    6 Heures, Giovanni comme aimanté par la piscine, malgré la température nage déjà.  Brigitte dort.

    7 Heures petit déjeuner avec toujours le feu de cheminée, j’adore. Ce matin en forme.

    C’est reparti, valises fermées, chargées dans le 4X4, pourboires aux porteurs, direction la réserve.

    Tout excités par la possibilité d’entendre le fameux cri de l’Indri Indri et encore mieux de le voir.

    Avec toutes ces séances d’entraînement je retrouve vraiment le plaisir de l’effort et de la marche.

    Ariel nous attend. Il a la tenue du parfait pour un safari.

    -« Ariel, y a-t-il des sangsues ici ? »

    -« Possible, il pleuvait toute la semaine dernière, vous avez de la chance aujourd’hui il fait beau »

    -« Ah ! Génial, je mets mon pantalon dans mes chaussettes  alors »

    La randonnée est très agréable sous ces grands arbres : palissandre, arbre du voyageur, fougères arborescentes, pandanus (les feuilles servent à la construction des cases de la région), plantes médicinales (pour lutter contre le cancer, le paludisme, la dysenterie…). Nous aurons la chance de voir des caméléons, des oiseaux (coa bleu, et tête rouge) une famille de Propithèque Diadema puis l’Indri Indri à deux reprises. A chaque fois c’est magique. Ils sont perchés au sommet  des arbres, on ne les entend pas, on pourrait passer à côté simplement sans l’aide avisée du guide qui ne néglige aucun effort pour les trouver. Il part à leur recherche, nous abandonne, revient. Il les a vus, vite allons y. Rencontre un autre guide, l’Indri est de l’autre côté, à

    150 mètres

    . Tête levée, les yeux fixés sur ces peluches, nous les distinguons entre les feuilles, ils profitent du soleil, dorment ou sautent de branches en branches. On s’installe, on observe.

    Oh mais ce n’est pas vrai le groupe de français que nous avons croisé à l’hôtel hier soir arrive, les abominables bouzeux, on a souhaité bon courage à leur accompagnateur ce matin et il a hoché la tête en remerciement, ils crient, « Ha ils sont la, ici, la, regarde, ho trop mignon, flashs… » mais ce n’est pas vrai ils vont

    la F

    ….r. CHUUT !! Vous n’êtes pas seuls.

    Leur guide gêné les entraîne plus loin. Pour ne pas déranger plus,  nous pensons même qu’il les fait passer plus bas, ils ne verront pas la famille Indri. Au pied des arbres nous sommes maintenant 3 couples, avec nos guides qui cherchent pour nous le meilleur angle pour observer. L’un d’eux me cède sa place sur une racine. Assise au sec, je profite pleinement de ces instants magiques. Il n’y a pas de sangsues. Il est possible de voir un troisième groupe. Ariel nous entraîne plus loin dans la forêt. Nous les entendrons, passerons sûrement tout prêt, sans jamais les voir.

    Une légende dit que :

    « Un petit garçon Koto, s’était perdu. Il a été sauvé par un INDRI, puis il a pu retrouver son village, alors on l’appelle BABAKOTO (le père de koto) »

    Ariel est déçu, il se démène.  Nous le remercions vraiment. Lui aussi veut s’en sortir, et le meilleur pour ses deux enfants inscrits  à l’école privée. Il est organisé, je me demandais ce qu’il pouvait bien porter dans son sac à dos. Des cartes postales, il les vend au même prix qu’à la boutique, c’est environ 1 000 Ar de plus que dans un magasin d’artisanat. Bien sur nous lui en achetons. De toute façon enfants ou pas, il est méritant. 4 heures très agréables passées en sa compagnie.

    Il est temps de retrouver TOKI et le 4X4. Nous décidons de déjeuner dans le restaurant en bordure du parc, pas déçus par le site. Attention ce soir retour à la maison Gallieni, alors on mange léger, léger. Pour moi une salade de tomates mimosas, Giovanni des camarons en salade. Un café.

    Nous avons le temps et rentrons tranquillement. Attention plus de carburant, réserve épuisée dans la première station service… Heureusement un peu plus loin nous pouvons nous réapprovisionner. Il est 14 H, température 27 °.

    Nous reprenons la route en sens inverse bien moins fréquentée qu’hier, le soleil est de la partie aujourd’hui c’est très agréable, les couleurs s’en trouvent fortement contrastées. Maison rose, village typique en terrasse.

    En arrivant à Tananarive nous demandons  à TOKI de faire un petit tour en voiture. Nous sommes passés un jour férié, nous aimerions voir vivre la ville. Place Colbert, Palais Présidentiel (interdiction formelle de photographier sinon nous aurons des ennuis me dit TOKI), paierie générale à la droite, ministère des finances et du budget à gauche. Il pleut maintenant et nous sommes bloqués dans les bouchons. Vendeurs de fraises et de fleurs tapotent la vitre. Une petite fille demande des bonbons. Je baisse la vitre et lui donne un sachet de gâteaux. Elle saute de joie, danse et me regarde de loin avec un immense sourire. Elle ne partage pas avec sa mère assise plus loin, ni le petit frère. C’est pour elle. La place est saturée par les énormes 4X4, TOYOTA, NISSAN, MITSUBISHI, les MERCEDES. Changement radical, à

    200 mètres

    c’est la station de taxis 4L, 2 CV toutes des voitures anciennes jaune crème.  Office de l’environnement, ministère des télécommunications, BMOI (siège de la banque malgache de l’océan indien), pharmacie de métropole, optique. Un monde fou, un défi pour le conducteur à la sortie des bureaux. Et partout la misère qui cohabite avec le luxe. Nous remontons la rue pavée qui mène à l’hôtel. La nuit tombe sur notre dernière soirée à Tananarive.

    Toujours joyeuses et accueillantes MARTINE et SOLANGE. Une bonne douche après ce bain de foule et de pot d’échappement.  Nous dînons à 18 h 30. Nous connaissons le menu préparé pour ce soir et nous ferons honneur à nos cuisinières.

    Potage, un délice, brochettes de crevettes, haricots verts et riz, assiette de fruits. Nous sommes repus.

    Je propose à Martine de visionner quelques photos que j’ai basculées sur ordinateur. Elle me rejoint avec Solange. Le temps passant elles se livrent de plus en plus. Giovanni est assis face à nous, il lit une BD.

    Elles sont ravies de découvrir TULEAR ou de revoir le village de SOLANGE. Elles voulaient voir le sud. Et commentent toutes étonnées la sècheresse du paysage. Elle croyait que les gens vivaient nus la bas.

    Elle nous demande s’ils pratiquent la cérémonie du retournement. Elle est d’origine BARA et après le décès de sa maman elle a du assister à cette fête. Avec les larmes dans les yeux elle me dit sa souffrance de voir sa maman dans cet état.

    -« C’est trop douloureux, je ne voulais pas, j’étais obligée, sinon ce n’est pas bien »

    Elle reprend

    -« Ca coute très cher, on met tout notre argent, toute la famille doit venir, il faut acheter à manger, des tissus. Comment s’est la mort chez vous ? »

    On parle de religion, de la vie, des enfants, de ses projets. On se quitte non sans avoir pris une photo que je dois leur envoyer bien entendu.

    Bonne nuit à toutes les deux.

    MERCREDI 26 MAI 2010

    Irène est venue nous saluer avant le départ et demande s’il y a des améliorations à apporter au service.

    Giovanni précise que s’il y a une critique à formuler, une seule, ce serait sur le café.

    Elle nous confie l’acheter sur le marché en bas.

    Elle le remercie et cherchera un autre café.

    Départ pour DIEGO –SUAREZ (ou ANSTRANANA)  via SAMBAVA (11 H 30 / 14 H 10) départ de l’hôtel : 8 H 30

    -« Hello Héry, bien rentré. On te retrouve avec plaisir. »

    -« Tout s’est bien passé pour vous aussi ? »

    « Prêts pour l’aéroport ? »

    -« On se fait une raison, on est bien ici »

    Aller en avant, c’est parti pour une dernière traversée da la capitale, immeuble HLM, les taxis, les églises, nouveaux quartiers, la ville s’agrandi, large avenue moderne, le cortège de voitures et de piétons  pour entrer dans la ville, les incroyables échafaudages, les enfants livrés à eux-mêmes,  la brume sur les rizières.

    Voici l’aéroport. L’air est frais,  deux heures d’attente, toutes les boutiques fermées nous  pensions écrire nos dernières cartes postales, c’est raté.

    La vue depuis l’avion dévoile un paysage qui ressemblerait à du papier kraft tout froissé dans les tons brique et vert. Cela me rappelle le papier utilisé par maman pour réaliser la crèche de Noël, et la petite rivière qu’elle y aménage serpente  entre les vallons.

    Une escale rapide à SAMBAVA où il faut descendre, prendre un ticket « transit » contourner un mur et remonter dans l’avion avec  les nouveaux passagers…Nous avons quelques minutes de battement durant les quelles nous pouvons prendre l’air sur le parking de l’aéroport et admirer les taxis 4L  peintes en jaune et rouge pétant. Aucun contrôle bien entendu…C’est très agréable de se sentir aussi libres !!. On prend l’avion  à MADA, comme le train chez nous. Il faut seulement faire enregistrer les bagages. Nous survolons DIEGO, l’océan et le pain de sucre de la baie. Température au sol annoncée avant l’atterrissage : 30 °.

    Il fait chaud, les femmes sont vêtues un peu comme à Mayotte, les taxis toujours des 4L peintes jaune vif.

    Surprise : pas de chauffeur … nous attendons quelques minutes. Ah le voilà, je vois son panneau avec notre nom.

    -« Bonjour je suis GISLAIN, un peu en retard, l’avion n’arrive pas à l’heure en général. Vous avez fait bon voyage ? »

    -« Bonjour, tout va bien merci »

    -« Je vous propose un tour de la ville et je vous conduis à l’hôtel pour votre installation »

    -« Très bien, le programme nous convient »

    -« L’aéroport est à

    9 kilomètres

    de la ville »

    Dès l’entrée dans la ville, une ambiance vous enveloppe. Un je ne sais quoi de langueur, une lumière particulière, de larges avenues bordées de maisons style colonial, colonnes et balcons, vert pastel, carmin délavé,  bleu turquoise, jaune pâle, jardin public, façade d’un hôtel de luxe moderne, casino. Puis nous tournons à l’angle de la rue Colbert et le changement s’opère. Bâtisses en ruine, éboulis, jardins envahis par une végétation indisciplinée.

    -« Voilà les deux visages de DIEGO, une ville à l’abandon, où il fait bon vivre pourtant. On peut se promener sans risque. Voici l’hôtel de la marine à l’époque de la colonisation. A ciel ouvert les cocotiers poussent à l’intérieur »

    -« On s’arrête s’il te plait » C’est complètement fou, un si beau bâtiment en bordure de la baie. La vue depuis le jardin est magnifique, quel dommage, quel gâchis.

    - « L’état ne veut pas vendre, mais n’a pas les moyens d’entretenir toutes ces belles maisons. Je vous fais voir le quartier de l’armée et le port. Pour le moment les gens font la sieste. Les boutiques ouvriront à 15 heures. Ensuite, je peux vous déposer, vous vous baladez,  on se retrouve au bas de la rue Colbert »

    -« Oui parfait»

    La principale ville du nord de l’île porte encore la mémoire d’un passé de feu. C’est vers 1500 que le navigateur portugais DIEGO DIAZ fit escale dans la rade et l’histoire a retenu les massacres et les viols perpétrés par ses hommes. L’amiral SUAREZ débarque quelques années plus tard avec la même douceur !!!! Plus tard français et anglais se livrent bataille.

    La baie d’ANTSIRANANA (son nom malgache) de

    156 kilomètres

    , deuxième du monde après celle de RIO. Très découpée elle fut l’abri naturel de nombreux pirates ou commerçants et négriers. En 1885 au début de l’intervention coloniale française, la marine y édifia une base militaire.

    Jusqu’en 1973 DIEGO servi de port à la flotte française de l’océan Indien.

    Un réel métissage peuple la ville et sa région. Les ANTAKARANA, SAKALAVA,  (80 000 hab.) MERINA, BETSIMISARAKA, BETSILEO, communauté chinoise et arabe, descendants métis d’Européens.

    Une température douce varie entre 20 et 34 °, avec un vent assez fort dès que la température monte atténuant les effets du soleil. La ville est commerçante et active en dehors de la sacro sainte sieste,  le tourisme s’y développe attirant également les blancs en quête de jolies jeunes femmes.  Les unions « mixtes » blanc/malgache,  nous sautent aux yeux, comment dire autrement.  Nous en reparlerons.

    La ville s’éveille doucement, les boutiques ouvrent les rideaux, nous profitons de l’ombre sous les arcades et apprécions pleinement cette ambiance, après le stress qui se dégage dans la capitale. Ici pas de mendicité immédiatement  visible, les enfants jouent comme partout, les jeunes se promènent.

    -« Me voilà. » Gislain marche derrière nous les bras chargés de bouteilles d’eau. Tout est organisé à ce niveau nous en avons toujours à volonté dans la voiture ou pour les randonnées par exemple.

    Direction JOFFREVILLE (ou AMBOHITRA) à en trentaine de kilomètres pour accéder au  Nature Lodge  l’étape du soir.  Douze bungalows très spacieux, en bois, raphia et bambou, petit air africain,  terrasse face à un paysage idyllique et un coucher de soleil digne d’une soirée en amoureux.

    Le restaurant dénote d’une réelle recherche artistique ouvrant sur une vaste terrasse où nous nous abandonnons avec bière et thé dans des fauteuils confortables. En soirée nous prenons un verre avec notre nouveau guide, qui ne rechigne pas sur la bière, nous lui proposons de partager avec 3 autres guides présents.

    Les deux jeunes femmes de la maison ne semblent pas insensibles à leur charme… Pour le dîner poivrons farcis, poisson, dessert. Je demande s’il est possible de remplacer le poivron ça fait beaucoup pour le soir.

    -« Oui bien sur vous pouvez choisir sur la carte, nous avons tout »

    Un deuxième couple s’installe. Vraiment le tourisme fait défaut sur toute l’île. Le personnel est plus nombreux que les hôtes.

    Je choisis une verrine de crevettes. Surprise quand j’arrive à table… Pour moi une verrine c’est un petit verre de grignotage… Pour vous aussi non ? En fait je découvre un très grand verre joliment décoré de salade ciselée, tomate, avocat et crevettes accompagnées d’une sauce. C’est frais et je mange tout. Le poisson ne passe pas. Je demande une infusion, et on me sert de la citronnelle du jardin. Giovanni s’est régalé, il a tout englouti. Il avait faim de toute évidence.

    Nous regagnons notre nid douillet, il faut faire vite, le site fonctionne sur groupe électrogène et à 22 heures c’est fini, nous serons dans le noir jusqu’à demain 6 h 30.

    JEUDI 27 JUIN

    Excursion à

    la Montagne

    d’Ambre. Premier parc de Madagascar créé en 1958 il s’étend sur

    18 200 ha

    de massif volcanique entre 850 et

    1475 mètres

    d’altitude. Plusieurs cratères et cascades le jalonnent témoignant de l’abondance de l’eau (
    pas d’eau courante dans le bourg de  JOFFREVILLE ni d’électricité d’ailleurs), réserve d’eau de DIEGO par exemple. On peut y rencontrer des lémuriens, 7 espèces, le fosa, au moins 75 espèces d’oiseaux, une cinquantaine de reptiles. Les botanistes ne seront pas en reste dans cette immense forêt tropicale.

    Le réveil n’est pas brillant, je vais vraiment mal ce matin. Tentative de petit déjeuner. J’espère qu’avec la randonnée je vais me requinquer. Nous traversons JOFFREVILLE, je n’apprécie pas du tout la piste et n’imprime pas les images comme l’on dit. Nous arrivons à la maison des guides, définissons notre randonnée et repartons pour quelques kilomètres. Quelle horreur cette piste ! Voilà nous y sommes

    -« Equipez vous il risque de pleuvoir, et prenez suffisamment d’eau »

    Pour la première fois je déploie ma cape, petite pluie fine. Après une courte pause, je sens un gratouillis sur la jambe. Le relève le bas du pantalon.

    -« Ah, quelle horreur, j’ai plein de sangsues sur les jambes ! » Chaussettes, mollets, tibia… Elles se tortillent et grimpent attirées par le sang. Un peu plus grosses que celles de Ranomafana on les voit tout de suite. Les autres étaient tellement fines, tel un gros fil noir d’un centimètre, il était nécessaire de bien  regarder.

    Giovanni et le guide viennent à mon aide, on chasse les intruses, et bien vite j’enfile mon pantalon dans mes chaussettes.  Il était temps.

    -« Ne marchez pas dans l’herbe, restez sur la terre »

    Fougères, oiseaux,  ylang sauvage, chenilles, lac, lémuriens, cascade, caméléons dont le plus petit du monde déniché par le guide  sous les aiguilles de pin, le BROKESIA MINIMA TUBERCALATA, chrysalides de papillons, lianes, plantes épiphytes, ficus…

    Possibilité de bivouaquer sur un espace aménagé…

    Désolée je n’irai pas plus loin. Ici je retrouve Gislain et m’endors dans la voiture. Giovanni poursuit la randonnée. Sur ses photos je vois des cascades, des fleurs, des arbres immenses au tronc tout droit, cascade ANTAKARANA, des caméléons.  Je souffre rien qu’à l’idée de reprendre la piste et me laisse balloter d’un côté à l’autre en me tenant à la poignée. La nausée ne me quitte plus. 

    A midi nous faisons halte au Relais de

    la Montagne

    d’Ambre. Je ne tiens plus debout. Je finis par m’effondrer en larmes, je me sens terriblement faible. Giovanni m’aide à entrer dans une maison de type créole. Attention à ne pas marcher sur la petite tortue. On me propose de me reposer, je me retrouve couchée dans une immense chambre, fraiche. J’entends des voix, une femme dit

    -« Il ne faut pas la laisser comme ça, la pauvre elle n’est vraiment pas bien, je vais m’occuper d’elle, j’ai l’habitude »

    -« Madame, je vais m’occuper de vous, on va préparer du riz mou vous irez mieux ensuite, reposez vous en attendant. Allonger vous bien, n’hésitez pas, mettez un oreiller sous votre tête »

    -« Mais je suis toute sale, mon pantalon plein de boue, je ne veux pas salir »

    -« Ce n’est pas grave, ma fille, un drap ça se lave »

    Je m’endors à nouveau. Giovanni et la dame viennent me chercher. Je dois me lever pour aller dans le jardin.

    Une assiette de riz et des carottes m’attendent. On me force à manger.

    -« Je vous assure, je ne veux pas manger, je vais vomir »

    -« Mais non, vous n’avez rien dans l’estomac, il travaille à vide, mangez ma fille, faites moi plaisir »

    J’en pleure, si seulement c’était vrai, si j’allais mieux après, je me force quelques cuillères.

    Et ce qui devait arriver, arriva… Cette fois je tourne totalement à vide. Je suis incapable de me déplacer seule.

    On me force à boire un breuvage marron. C’est le fond de la casserole de cuisson du riz avec de l’eau. Je boirais n’importe quoi si seulement je pouvais retrouver des forces. Il parait que ça fait merveille dans mon cas.

    Je me réveille environ une heure après au lit avec une couverture, une bassine, une serviette éponge…

    La pièce est vaste, plafond en bois, deux lits d’une place opposés l’un à l’autre, un petit salon, une table couverte d’une nappe en motif des papillons.

    Les volets sont fermés. Je me sens mieux cette fois. Je descends et découvre un jardin magnifique, des îlots de fraicheur définis par des paillotes sous lesquelles sont disposées des tables. Il se dégage une sérénité, un havre de paix hors du temps. Je fais enfin connaissance de mon infirmière. Elle sourit en me  voyant avancer.

    -« Ah ma fille, venez, vous me faites plaisir, vous avez retrouvé des couleurs. Asseyez-vous »

    -« Bonjour Madame, je suis si gênée de tout cet embarra, je vous remercie infiniment de votre attention et vos soins »

    -« Je m’appelle HENRIETTE. J’ai l’habitude ma fille, vous savez j’étais sage-femme et avant infirmière anesthésiste. Mon mari était chirurgien. J’en ai vu des malades vous savez. Vous devez faire une intoxication alimentaire, vous étiez très faible tout à l’heure et si blanche, vous nous avez fait peur, je peux le dire maintenant. Dans ce Lodge (où nous étions hier soir) ils sont gentils, mais trop jeunes. Il y a des aliments qu’il ne faut jamais offrir aux touristes .Il faut faire mijoter les plats. Trop de risques, les groupes électrogènes ne tournent pas en permanence, et les légumes  doivent être cuits impérativement. Il faut manger du riz pour reprendre des forces, c’est important sinon vous allez vraiment être malade. Mangez ma fille».

    -« Ah c’est dommage, me dit Giovanni, tu aurais tellement apprécié ce jardin et le repas était fameux. Tout le monde ici fait le maximum pour toi. Nous avons de la chance d’être arrivés ici en de si bonnes mains »

    -« Qu’est ce qui vous ferait plaisir ma fille ? »

    -« J’ai vraiment beaucoup de chance d’être chez vous. Si cela est possible, j’aimerai boire un jus de citron »

    -« Oui, je vais demander à ce que l’on vous en fasse un, j’ai de très beaux citrons »

    Je n’en reviens pas, cette femme doit bien avoir l’âge de mes parents 75 ans environ, elle est directive et protectrice avec les jeunes femmes qui font le service. Son visage respire  dignité, volonté, tendresse, humanité.

    -« Voilà ma fille, buvez tranquillement, je vous ai vue manger du riz on est sauvé, c’est bien »

    Nous engageons la discussion, je me sens revivre. Quelle douceur dans ce jardin. A la mort de son mari il y a quelques années, perdue, elle s’est demandée que faire. Ses filles médecins sont au Congo et en France. Elle avait cette « maison de villégiature ». Elle s’est décidée à s’y établir, ouvert une maison d’hôtes puis le restaurant. Spécialité : poulet coco. Elle fait travailler les gens du village, leur enseigne l’hygiène, les valeurs du travail, stabilité, respect de soi et des autres. Autoritaire pour mener seule son affaire et  faire cultiver ses terres. Elle paie ses gens quand le travail défini est terminé.

    -« Ici malheureusement comme dans tout le pays, les hommes boivent beaucoup de rhum. Ils dépensent leur argent dans la boisson et le tabac. Les filles ont des bébés très jeunes, dès 14 ans. Elles ne vont plus à l’école, mais ne s’occupent pas toujours des enfants, les laissent aux grands-mères. C’est terrible vous savez. Il y a beaucoup à faire et la politique du pays n’arrange rien, quel est leur avenir ? »

    -« Est-ce que vous avez des besoins spécifiques que je puisse vous faire adresser, ce serait ma façon de vous remercier »

    -« Oui, sûrement nous manquons de beaucoup, mais la tout de suite.. »

    Nous échangeons nos coordonnées. Je souhaite rester en contact.

    L’heure avance, nous devons nous quitter, sous la pluie et à renfort d’embrassades.

    Nous abandonnons le programme de visite prévu pour l’après midi, la route est affreuse, inutile d’ajouter encore des kilomètres de piste.

    Nous traversons de nouveau JOFFREVILLE ancien lieu de villégiature des soldats français en garnison dans la région et d’une manière générale des colons.  Fondée en 1902 par le Maréchal JOFFRE, la ville était appréciée pour sa fraîcheur. Mais la période de gloire est lointaine et plus encore que DIEGO les vestiges d’une ville florissante sont pitoyables et la pauvreté affleure en tous lieux. Une ville fantôme, dans une atmosphère hors du temps. Ensuite, je ne vois rien, malmenée j’essaie de dormir.

    Nous arrivons au RELAI DE L’ANKARANA dans l’après midi. Il me semble qu’il fait très chaud, le vent souffle. Je me couche aussitôt sous la moustiquaire blanche.   

    Giovanni me force à me lever pour prendre une douche. Un petit filet d’eau froide et plus rien. Je tremble.

    Dans la soirée Giovanni m’apporte une assiette de riz et se fâche, il veut que je mange. Je voudrais bien moi aussi, je ne peux pas. J’ai peur, je me sens si lasse et je vois bien que Giovanni commence  à s’inquiéter aussi.  On est loin de tout.  Il n’y a pas d’électricité, l’eau provient du puits.

    Je subis à nouveau les affres des vomissements. Quelle journée !!!!!!  Cette fois que crois que c’est passé. Je reprends courage, je bois, je mange un peu. Je dors.

    Vendredi 28 MAI

    Je découvre la chambre d’une grande simplicité, très propre, sol en béton peint rouge, murs blancs. C’est vraiment le bout du monde. Décor ranch perdu, terres arides, trois maisonnettes, réserve d’eau, le puits, un petit jardin fleuri.

    Singulièrement  c’est beau, dénudé, herbes sèches à perte de vue, collines lointaines qui étaient boisées il y a encore une quinzaine d’années, une lumière exceptionnelle. La déforestation fait rage partout, d’où la création des parcs et plantation de forêts de pin, eucalyptus et mimosas..

    Giovanni me dit :

    -«Heureusement que tu n’as pas vu où nous arrivions hier, déjà que je n’étais pas rassuré… Mais ils ont été adorables et se sont mis en quatre pour m’aider, ils ne savaient quoi faire pour toi. Tu m’as fait peur quand même»

    Effectivement je fais connaissance du maître des lieux, un jeune homme, grand, charmant, qui commence par me demander des nouvelles de ma santé. Une grande douceur dans la voix et les gestes, il me propose du riz mou, avec l’eau de cuisson, c’est ce qu’il y a de mieux.

    J’accepte et je mange avec un certain plaisir ce matin sur une nappe à carreaux roses et blancs. Tout est fraîcheur dans ce lieu improbable. C’est un projet familial qui regroupe ici père et fils avec leurs familles. Ce jeune homme a fait des études et met à profit son savoir pour valoriser ce Lodge récemment ouvert sur les terres familiales. Pour les courses c’est à

    30 kilomètres

    de piste… Pas facile à gérer. Pas d’eau courante, pas d’électricité, le groupe électrogène fonctionne deux heures le soir dans les bungalows. Il faut apprécier leurs efforts pour nous garantir le confort proposé,  apprécier la nature et l’isolement de la terre ancestrale. Dommage de n’avoir pas profité pleinement de ce lieu qui me séduit. Seuls les sons de la nuit me parlent.

    En route pour la réserve  de l’ANKARANA située à

    110 kilomètres

    au sud de DIEGO, et environ

    30 km

    d’AMBILOBE, ensemble géologique spectaculaire d’origine corallienne sur

    35 km

    de long, au milieu d’une forêt tropicale sèche ou verte, de canyons, et rivières.  Trois ou quatre jours ne sont pas de trop pour arpenter pleinement les sentiers mystérieux.

    Se munir de chaussures solides car les roches sont coupantes.

    Ce massif a émergé de la mer il y a plus de cent millions d’années. Depuis l’érosion  a creusé des réseaux d’eaux sous-terraines de plus de

    110 km

    sculptant la roche calcaire de crêtes aiguisées que l’on nomme « Tsingy ».Le mot signifierait « marcher sur la pointe des pieds ». Au début du XIX° siècle, quand le roi RAMADA 1er (ethnie merina) tenta de conquérir le Nord de l’île, les rois locaux et une partie de la population (ethnie Antakaranas) se réfugièrent dans les grottes du massif d’où la présence de sépultures royales sacrées où se déroulent encore d’importantes cérémonies et de nombreux FADY. (Lieux sacrés marqués d’interdits).

    Toujours la piste et ce matin j’apprécie le circuit, les chaos, la rudesse du terrain, l’environnement. Ouf sortie d’affaire. Nouveau guide pour partir à la découverte de ce site d’exception. Pas de pluie ni d’humidité ici, donc pas de risque de sangsues. ON RESPIRE.

    Nous progressons tranquillement sous la voûte verte, une randonnée de 4 heures, en découvrant des oiseaux aux couleurs, rouges ou bleu métallique, des lémuriens nocturnes cachés dans les troncs creux des arbres,  des grands yeux curieux sur une petite tête étonnée,  des caméléons à peine visibles tant la couleur de camouflage de  confond aux nuances des troncs, des habitants passent aussi sur ce sentier. Le cycliste que nous avions croisé est assis sur une branche, le vélo posé à ses côtés. Le guide discute avec lui.

    -« Vous avez de la chance, il ne veut plus avancer, regardez »

    -« Oh, un énorme boa ! »

    Lové dans le virage il barre le passage. Nous  prenons tout notre temps pour le regarder puis les garçons le chasse à l’aide d’un bâton. Il se réfugie dans une souche. Nous passons non sans regarder encore avec insistance et intérêt.

    -« Jamais je n’en ai vu un aussi long, il faisait plus d’1m50, peut être

    2 m

    , c’est vraiment rare d’en trouver sur le passage »

    -« Nous sommes ravis, sans doute moins si nous avions été seuls, comme le cycliste.. »

    -« Nous ne l’aurions pas vu si BRIGITTE avait dit on se contente du point de vue sur les TSINGY, on a bien fait de continuer, ça va, tu n’es pas trop fatiguée »

    -« Oui, oui j’ai récupéré, je vais bien ce matin, merci, le site est grandiose, je m’en voudrais d’avoir manqué ça »

    En effet les yeux écarquillés nous découvrons une forêt d’orgues grises aux pointes sculptées à perte de vue.. Spectaculaire. Nous traversons un canyon sur des passerelles de bois et rejoignons un couple et leur guide. Nous passons un moment assis la admiratifs, sur une autre planète, à regarder et imaginons les peuples réfugiés dans cet univers où seule une petite végétation spécifique ponctue l’espace minéral. Sans chaussures c’est certain ils devaient marcher vite sur la pointe de pieds comme le dit la légende, mais ils ont du aussi mourir de faim.

    Nous rebroussons un bout de chemin ensemble, le temps de faire un peu connaissance. Ils travaillent pour une ONG française à TANANARIVE. Elle est de Monaco et lui du BENIN. Elle parle des conditions de vie des enfants des rues. Sans les ONG il n’y aurait rien à TANA et l’état profite de la situation au maximum. Un point important est de déclarer ces enfants de façons à ce qu’ils puissent bénéficier des droits attribués par l’état civil. L’ONG les scolarise, les nourri, le soir ils rentrent dans leurs familles, souvent dans la rue.

    Nous découvrons du bois d’ébène, des baobabs…C’est à regret que prend fin cette balade.

    Aujourd’hui nous déjeunons chez AURELIEN (une relation de sang à Gislain qui a dormi ici la nuit dernière)

    Des cases traditionnelles pour dormir et pour manger une maison composée de deux terrasses, l’une côté cour, l’autre côté route, une pièce couverte, une cuisine. Les toilettes et douche au bout du terrain. Toujours le puits et de l’eau dans un sceau pour se laver, ou servir de chasse d’eau, que l’on prend  à l’aide d’un grand gobelet. Poules et poussins sautillent sous les arbres. Je dis à Giovanni :

    -« Tu as vu la préparation de la viande de l’autre côté ? Je ne mange pas » Et je l’invite à se promener dans la cour. Sur le côté de la cuisine les femmes préparent des dès de viande exposés au soleil et aux mouches, puis les malaxent dans une grande bassine. Les enfants jouent autour, une autre femme et son bébé dorment allongés sur une natte.

    Je fais un tour du côté route à présent. Le long de la route longeant la clôture, des bancs, sur lesquels les hommes assis regardent passer les taxis brousse, camions, 4X4  et une femme en robe rouge offrant aux yeux de ces messieurs des courbes  pour le moins suggestives. Je les taquine et nous rions tous. Nous  retrouvons les jeunes du parc, ils dorment ici.

    -« Aurélien à quoi servent ces bouteilles plastique fixées à ta clôture ? »

    -« C’est le téléphone »

    -« Je ne comprends pas bien »

    -« On n’obtient le réseau que le long de la route, alors on met le téléphone portable dedans, comme ça, et on attend qu’il sonne ou que le réseau s’affiche !!! »

    De l’autre côté, c’est l’école, les enfants jouent dans la cour.

    -« C’est prêt » annonce une jolie jeune fille coquette en tablier vichy blanc et bleu, foulard vert sur les cheveux, tout sourire.

    On s’installe côté cour sans plus d’empressement regardant jouer le petit garçon adorable à une table voisine avec un Vazaha.

    -« Salade et poulet grillé pour les vazaha, vous êtes fragiles »

    Tomates, avocats, haricots verts et oignons, la salade est délicieuse et appréciée avec la chaleur ambiante.

    Gislain ne tient pas en place et même quand il mange avec nous, c’est une girouette, il va et vient…

    Les cuisses de poulet sont fort appétissantes, riz nature ou coco servi en boite plastique avec couvercle.

    Dessert : petites bananes très sucrées et un café. Voilà nos craintes écartées et nos estomacs remplis.

    Nous retournons sur la route comme tout le monde ici. Giovanni traverse pour voir les enfants. Ils font des photos ensemble. Je les regarde jouer depuis un moment.

    Je demande à AURELIEN

    -« Connaissez- vous le jeu de la marelle ici ? »

    -« Je ne sais pas »

    Je traverse la route et dessine sur la terre dans la cour de l’école, les demi-cercles et carrés tant de fois tracés à la craie durant mon enfance. Ils se regroupent tous intrigués. Je trouve un demi-citron pour lancer sur les cases. Et c’est parti pour une démonstration. Ils rient de me voir sauter ainsi.  Une petite fille veut essayer, mais se trompe vite malgré mes indications. Un garçon prend le tour, lance le citron, saute de case en case, demi-tour, il revient, oui c’est bien, tu as réussi, bravo. On joue jusqu’à la reprise des cours. Des instants volés au temps. Des visages intrigués puis rieurs. Impossible dans une école chez nous vous imaginez !!!

    J’ai demandé à Gislain s’il était possible en partant de bonne heure de faire un détour sur le site des Tsingy rouges, manqué hier après midi par ma faute.

    -« Oui c’est possible, on part maintenant »

    GENIAL. C’est reparti sur la route défoncée avant de gagner la piste en latérite pour environ

    17 kilomètres

    ponctués de grosses ornières. Tout au long de la piste des plantations d’eucalyptus et mimosas, des amas de terre fumante sous lesquels les branches se transforment en charbon de bois. Un point de vue intéressant arrivés sur la crête dévoile à droite la forêt, à gauche la mer.

    Puis on découvre un canyon invisible jusque là: les premiers Tsingy rouges. On reste bouche bée.

    Rose, rouge, orange, toute une palette de nuances sous le soleil d’après midi, ce canyon propose de petites flèches au sommet arrondi, qui se serrent les une contre les autres.

    Quelques centaines de mètres encore en voiture, puis on marche vers le fond d’un canyon. En une dizaine de minutes on croise le lit d’une rivière aux eaux rougies. On continue dans le cours de la rivière, puis on traverse, encore quelques pas avant de découvrir un autre Tsingy, de toute beauté. Nos pas sont contrôlés  par un gardien. Rien à voir avec le site de ce matin. La latérite est sculptée par la rivière sur le flanc du canyon creusé, proposant des formes douces et colorées. C’est tout simplement surprenant et beau voilà.

    -« Merci beaucoup pour le détour Gislain, vraiment »

    Pratiquement 3 heures quand même le détour… Nous rentrons sur DIEGO ce soir. Un peu tard pour faire les boutiques, tant pis, il faut savoir choisir.

    Nous logeons à l’hôtel ALLAMANDA, une suite s’il vous plait, vue directe sur la mer, piscine…la totale.

    Mais il fait un peu chaud et nous dormirons plutôt mal…Hé… demain soir nous nous organiserons ce sera mieux.

    Le restaurant également en bord de plage est très agréable et la carte alléchante. La table doit être appréciée voici un joli comité qu’i s’installe à nos côtés (Conseil Général….).

    Giovanni aimerait déguster des langoustes. Pas de chance il n’en reste pas et nous devrons nous contenter de camarons. C’est fameux  et copieux. Giovanni se « goinfre »…

    Aller dodo, nouvelles aventures en vue pour demain.

    SAMEDI 29 MAI

    Levée de bonne heure, je profite du lever de soleil sur la baie. Les pêcheurs  en bateau traditionnel relèvent les filets et hissent la voile. Bientôt les enfants viendront jouer sur l’épave de bateau devant l’hôtel. Le port est à gauche juste à côté, dissimulé dans une anse. L’air frais du matin est particulièrement agréable.

    Giovanni arrive, oh, ça ne va pas.

    -« Je ne me sens vraiment pas bien, je ne sais pas ce que j’ai »

    -« Tu as peut être trop mangé de camarons hier soir !»

    -« Peut-être, j’ai la tête qui tourne, j’ai chaud, nausée »

    -« Il a fait très chaud cette nuit, tu es peut–être déshydraté. Tu devrais prendre une longue douche et boire il nous reste de l’eau en bouteille. On verra l’effet produit, on avisera »

    On se prépare, pour une journée au bord de mer. Heureusement nous avons choisi la visite des trois baies, les pieds dans le sable, plutôt que l’excursion Mer d’Emeraude à bord d’une barque traditionnelle.

    Petit déjeuner copieux à l’ombre sur la terrasse en bord de mer. Ici il y a un peu plus de clients et surtout des italiens. Giovanni remonte doucement la pente.

    Gislain nous attend. Il vit à DIEGO et déménage ce week-end. La maison louée appartient à un employé de la poste. L’âge venant il souhaite reprendre  ses bases. Gislain a trouvé une location plus petite. Il est père de 3 enfants de 6 , 11 et 20 ans.  Sa fille aînée étudie à TAMATAVE. Les universités générales de DIEGO imposent à ceux qui veulent et peuvent continuer le cursus de partir sur TAMATAVE ou TANANARIVE. C’est aussi un play-boy  notre guide. Il prend soin de son allure, son regard enveloppe les jolies filles, et plus encore selon

    HENRIETTE (de Joffre ville) qui le connaît de longue date. Mais ceci n’avait pas échappé à Giovanni le fin limier qui me l’avait indiqué.

    Ancienne plaque tournante du commerce des esclaves et du khat, jadis comptoir musulman, DIEGO a regardé longtemps vers l’Afrique et les Comores. DIEGO troisième port après TAMATAVE et MAJUNGA vit au rythme des arrivées de cargos et thoniers gage de travail pour les dockers et devises pour les boutiques et restaurants. C’est aussi l’un des plus importants chantiers de constructions navales de l’Océan Indien. Une statue de Maréchal Joffre se dresse ici face à l’océan. Avant de devenir Maréchal lors de la de

    la Première Guerre

    Mondiale, il est en poste à DIEGO. En 1885 au début de la colonisation française, la marine édifie une base militaire. Les artères sont tracées à la règle, l’arsenal construit, les casernes et résidences des officiers fleurissent. En 1942 les forces françaises libres et

    la Royal Navy

    reprennent le contrôle de la ville passées sous l’administration pétainiste, comme toute l’île. Les stèles blanches du  cimetière britannique situé en ville témoignent des nombreux morts. Le cimetière est entretenu par une commission des pays du Commonwealth. Avec l’arrivée de Didier RATSIRAKA en 1972,

    la Légion

    étrangère quitte définitivement DIEGO. L’indépendance de MADAGASCAR s’impose. L’ancienne garnison française, a perdu de sa superbe. Charme et décadence pourraient qualifier ce joyau qui ne demande qu’à respirer et faire battre le cœur. Mais pour le moment c’est le cœur des blancs qui s’affole pour les jolies filles de la côte nord. Les marins de toutes nations y font escale. GISLAIN n’apprécie pas du tout ces couples « mixtes ».  Il suffit d’apporter des devises. Qui est le faire  valoir de l’autre ? Dans les rues et les restaurants, aux terrasses des bars des hommes « matures  et confortables » (traduisez vieux et bedonnants, riches on l’ignore) accompagnent de très  élégantes jeunes filles s’offrant aux regards avec une forme d’indécence qui ne laisse pas le voyageur indifférent.  Le cœur de la ville lui se redynamise apportant un souffle de modernité, cybercafés, galerie commerçante.

    Direction les trois baies : Sakalava, Pigeons, Dunes, environ

    20 kilomètres

    à l’Est.

    Marée basse. Sur notre gauche, le pain de sucre de DIEGO, puisque comparée à RIO… nous avons aussi le célèbre pain de sucre. Ilot rocheux d’origine volcanique au sud de DIEGO, on l’aperçoit de la route qui mène à Ramena. Des cérémonies traditionnelles (FIJOROANA) y sont pratiquées régulièrement.

    A notre droite, la montage des Français barre calcaire de 60 à

    150 mètres

    , aujourd’hui site d’escalade et chemins de randonnées. Au sommet un monument aux morts malgaches et français commémore la bataille de 1942 pour la libération de DIEGO par les armées alliées. D’où le nom.

    Une piste de

    5 kilomètres

    permet d’accéder à la première  baie, baobabs, palissandres, flamboyants. Une plage à vous couper le souffle bordée de patate à durant, petite végétation et filaos. Les plages de

    LA REUNION

    ressemblaient peut être à celle-ci avant d’être envahies par les aires de pique nique, les hôtels, restaurants…  Le sable blanc farine, marée basse je l’ai dit, un îlot de sable nous invite pour une balade amoureuse (l’hôtel du même nom SAKALAVA, le seul à l’extrémité de la plage. Si le skate-surf vous tente, je vous le conseille.) Pas assez d’eau pour nager, mais les reflets turquoise, la brise, nous ragaillardissent.

    Deuxième pause de la journée. Toujours plus extraordinaire, plus isolé, plus sauvage. Adam et Eve vont-ils croquer la pomme et faire basculer le monde ? Seuls les crabes courent à toute allure sur le sable et disparaissent dans des trous à notre approche. Nous sommes seuls au bout du monde, face à l’océan et une palette de nuances bleues, une lumière presque aveuglante, un moment de liberté intense, communion avec la nature. Impossible à faire partager, désolée. Mais qu’avons-nous fait de nos plages en France ? C’est grandiose, la nature nous enveloppe, elle est mère. Difficile de s’extraire de cet espace temporel et géographique pratiquement vierge.

    La baie des Dunes offre un point de vue d’exception vers la mer d’Emeraude qui se détache encore plus claire et turquoise à l’horizon. Couleur due à la faible profondeur d’eau conjuguée  à un fond sablonneux.  Le  passage en bateau s’organise en fonction de la marée (très faible tirant d’eau et patates de corail à fleur d’eau à la fausse passe).

    Les vagues déferlent sur les rochers survolés par les « paille en queue » portés par les vents ascendants. Les vestiges militaires rappellent l’histoire les canons pointés vers la passe battue par les vents. Le phare est habité par une famille et partage l’espace avec poules et chèvres. Le cap MINE est aujourd’hui encore une base militaire et il faudra payer un droit de passage aux militaires postés à la barrière.

    Jusqu’au village de pêcheurs de RAMENA une succession de « baraques » et villas abandonnées en ruines indiquent la présence des militaires français en poste jusqu’en 1973. Les biens de l’Etat sur un site stratégique qui ne permet pas de vente ou cession.

    Pause déjeuné au « RESTAURENT CHEZ JEANNETTE ». Poisson grillé et bananes. Un jardin très accueillant. Puis après midi sur la plage bordée de cocotiers, baignade. De petits restaurants bordent la plage ainsi que des maisons, un club de plongée. Les pêcheurs conservent encore leur mode de vie typique, les bateaux traditionnels s’alignent sur le sable, jusqu’à quand ?… L’ancien ST TROPEZ quoi !!!!Un village charmant qui vaut le détour.

    C’est à regret que nous quittons ces baies baignées de soleil. Le temps semble s’être arrêté l’espace d’une journée, dans un univers où la nature nous rappelle la beauté première.

    Retour sur DIEGO et passage obligé devant les villas qui fleurissent à l’abri de hauts murs, des hôtels qui profitent d’une vue sans pareil, aux portes de la ville.

    Dernier dîné digne d’un restaurant de renom au coucher du soleil, brise légère, journée apaisante que l’on aimerait prolonger à l’infini.

    Silhouettes fines au sourire câlin parées de bijoux  et messieurs confortables s’installent pour des soirées en tête à tête.

    Le cargo arrivé ce matin illumine le port tandis que les dockers s’affairent jusqu’au matin.

    Notre voyage prend fin, demain matin dernier envol, destination Mayotte.

    DIMANCHE  30 MAI

    Dans la voiture, sur la route de l’aéroport,  l’esprit déjà un peu ailleurs, nous disons à Gislain :

    -« Il nous reste quelques  gâteaux et bonbons, des savons et autres petites choses que nous n’avons pas distribué sur la route. Connais-tu, une famille, des enfants,  des personnes à qui nous pourrions faire plaisir ? »

    Il me répond :

    -« J’ai aussi des enfants »

    -« Excuses moi, bien sur, je n’aurais pas voulu faire d’impair, si cela te fait plaisir, j’en suis ravie, tu prendras le sac, il y a aussi les citrons de Madame Henriette, je les ai gardé »

    Décidément, nous n’avons  encore rien compris.

    Le vol de retour se déroule à merveille, non sans avoir passé la douane cette fois, un peu inquiète, parce que Giovanni avait laissé à Gislain le pourboire et en définitive toute notre monnaie. Or on sait que souvent  il faut user de bakchich à cette étape du voyage…

    Une chose est certaine, on ne rentre pas de MADAGASCAR indemne. L’esprit, le corps, l’âme, le regard, la mémoire, les émotions sont à jamais ébranlés.

    Posté par tec tec à 16:16 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
    01 avril 2010

    chikungunya

    Saint-Paul,   

    ,   

    publié : jeudi 1er avril à 20:04

    13 cas confirmés de chikungunya

    chikungunya - Voir la photo

         

    Au 1er avril, le bilan épidémiologique fait état de treize cas confirmés de chikungunya sur le département et trois cas sont en cours d’analyses. Tous ont été recensés à Saint Paul chez des personnes résidant ou ayant séjourné à Plateau Caillou.

     

     

    Le premier signalement d’un cas probable de chikungunya date du 17 mars et depuis, on compte treize cas confirmés et trois cas probables, selon le bulletin épidémiologique arrêté au 1er avril.

     

    Des mesures de lutte anti-vectorielle renforcées sont mises en oeuvre dans la zone de Plateau Caillou où les cas de chikungunya ont été signalés. Entre le 18 et 31 mars, la Préfecture de la Réunion explique que "1400 maisons ont été enquêtées avec une sensibilisation des habitants du quartier, 3100 maisons ont bénéficié d’un traitement adulticide et 800 gîtes contenant des larves de moustiques ont été mis en évidence, ent très grande majorité dans les jardins des particuliers".

     

    Ces mesures s’accompagnent d’actions sur a voie publique et dans les espaces verts. Ces opérations sont mises en place par la mairie de Saint Paul les associations mobilisées qui oeuvrent dans la lutte contre les moustiques.

     

     

    Pour rappel, la lutte contre la propagation du chikungunya comme de la dengue repose sur l’action de tous, chez soi ou en voyage. La Préfecture de la Réunion rappelle l’importance de respecter les mesures de prévention :

     

    -Eliminer les eaux stagnantes dans son environnement (vider les soucoupes, vérifier l’écoulement des gouttières, respecter les jours de collecte de déchets...).

    -Se protéger contre les piqûres de moustiques (diffuseurs, répulsifs, vêtements couvrants...).

     

    Et en cas d’apparition brutale de fièvre éventuellement associée à des maux de tête et des douleurs musculaires, éruptions cutanées, nausées ou fatigue : consulter un médecin et continuer à se protéger des piqûres de moustiques. Enfin, il est essentiel de se signaler au 0 800 110 000 pour une éventuelle intervention du service de lutte anti-vectorielle de la DRASS (Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales)

    Posté par tec tec à 19:32 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]